DUMAS (Alexandre, dit Dumas Père)

DUMAS (Alexandre, dit Dumas Père) 1802-1870

 

Biographie

Il est le fils de Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, dit le général Dumas, mulâtre de Saint-Domingue, premier général ayant des origines afro-antillaises de l’armée française, et le père de l’écrivain Alexandre Dumas (1824-1895) dit Dumas fils, auteur en particulier de La Dame aux camélias.
Proche des Romantiques et tourné vers le théâtre, Alexandre Dumas écrit d’abord des vaudevilles à succès et des drames historiques comme Henri III et sa cour (1829), La Tour de Nesle (1832), Kean (1836). Auteur prolifique, il s’oriente ensuite vers le roman historique telles que la trilogie Les Trois Mousquetaires (1844),Vingt ans après (1845) et Le Vicomte de Bragelonne (1847), ou encore Le Comte de Monte-Cristo (1844-846) et La Reine Margot (1845).
La paternité de certaines de ses œuvres lui est contestée. Dumas fut ainsi soupçonné par plusieurs critiques de son époque d’avoir eu recours à des nègres littéraires, notamment Auguste Maquet. Toutefois les recherches contemporaines ont montré que Dumas avait mis en place une véritable coopération avec ce dernier : Dumas s’occupait de choisir le thème général et modifiait les ébauches de Maquet pour les rendre plus dynamiques.

Alexandre Dumas naît le 15 thermidor an X (24 juillet 1802) à Villers-Cotterêts (Aisne) de l’union de Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, général d’armée ayant fait une brillante carrière pendant la Révolution française, et Marie-Louise-Élisabeth Labouret, fille de Claude Labouret, aubergiste à l’Écu d’or à Villers-Cotterêts, commune où la maison natale est visible au 46 de l’ancienne rue Lormet, rebaptisée Alexandre Dumas.
Entre 1804 et 1806, c’est au château des Fossés, loué par son père, qu’Alexandre Dumas a fixé ses tout premiers souvenirs : « Du plus loin qu’il me souvienne, c’est-à-dire de l’âge de trois ans, nous habitions, mon père, ma mère et moi, un petit château nommé les Fossés, situé sur les limites des départements de l’Aisne et de l’Oise, entre Haramont et Longpré. On appelait ce petit château les Fossés, sans doute parce qu’il était entouré d’immenses fossés remplis d’eau. »
On retrouve ces tout premiers souvenirs dans son œuvre : « Sur les limites du département de l’Aisne, à l’ouest de la petite ville de Villers-Cotterêts, engagées dans la lisière de cette magnifique forêt qui couvre vingt lieues carrées de terrain, ombragées par les plus beaux hêtres et les plus robustes chênes de toute la France, peut-être, s’élève le petit village d’Haramont, véritable nid perdu dans la mousse et le feuillage, et dont la rue principale conduit par une douce déclivité au château des Fossés, où se sont passées deux des premières années de mon enfance. »

Le général Dumas meurt le 26 février 1806, quatre ans après la naissance de son fils. Alexandre Dumas a pour aïeuls un marquis désargenté qui immigra en 1760 à l’île de Saint-Domingue et une esclave ou affranchie noire du nom de Marie-Cessette Dumas. Sa mère revient chez ses parents dans l’ancien hôtel de l’Épée à Villers-Cotterêts. Les grands-parents maternels élèvent Alexandre et sa sœur de neuf ans son aînée.

Il a neuf ans lorsqu’il entre au collège de l’abbé Grégoire à Villers-Cotterêts. Il y reçoit les bases de l’instruction primaire. Il y restera élève jusqu’en 1813.
À treize ans, le petit Alexandre ne sait presque rien, il a pour seule éducation ses lectures de la Bible, de récits mythologiques, de l’Histoire naturelle de Buffon, de Robinson Crusoé et des Contes des mille et une nuits. Cependant, sa calligraphie est exceptionnelle. Il est engagé comme coursier dans une étude de notaire, celle de maître Mennesson. « Il fut donc décidé que, le lundi suivant, j’entrerais chez maître Mennesson : les gens polis disaient en qualité de troisième clerc, les autres en qualité de saute-ruisseau. » Cependant l’abbé Louis Chrysostome Grégoire, vicaire de Villers-Cotterêts et directeur du collège qui porte son nom, l’aide beaucoup, et il lui en sera toujours reconnaissant au point de le faire paraître sous un beau jour de tolérance religieuse et d’ouverture d’esprit en 1854 dans un de ses romans, Catherine Blum.
Alexandre fera la connaissance d’Adolphe de Leuven qui l’initiera à la poésie moderne. Ils auront également l’occasion d’écrire ensemble des vaudevilles, dont les premiers seront tous refusés.
Jusqu’en 1822, Dumas vit à Villers qu’il quitte pour Paris avec 53 francs en poche, pour échapper à la pauvreté et aux humiliations que sa mère et lui connaissent depuis la mort du général et plus encore depuis celle de Claude Labouret, son grand-père maternel.
Là-bas, il trouve une place de clerc de notaire et découvre la Comédie-Française. C’est le début d’une vie nouvelle pour Alexandre lorsqu’il fait la rencontre d’un grand acteur de l’époque, Talma. L’année suivante, grâce à la protection du général Foy, il travaille dans les bureaux du secrétariat du duc d’Orléans et peut enfin faire venir sa mère à Paris.
Un an après, le 27 juillet 1824, c’est la naissance de son fils Alexandre, fruit de sa liaison avec Laure Labay, couturière et sa voisine de palier place des Italiens. L’enfant est illégitime jusqu’à ce que Dumas le reconnaisse le 17 mars 1831, quelques jours après la naissance de sa fille Marie-Alexandrine (le 5 mars 1831) qu’il a eue de Belle Kreilssamer. Alexandre Dumas épouse en février 1840 l’actrice Ida Ferrier (née Marguerite-Joséphine Ferrand, 1811-1859) et s’installe avec elle à Florence. Il a de nombreuses autres liaisons et au moins deux autres enfants naturels, Micaëlla-Clélie-Josepha-Élisabeth Cordier (née en 1860, fille d’Émélie Cordier) et Henry Bauër (fils d’Anne Bauër).
Mulâtre, Dumas fut souvent en butte aux sarcasmes racistes de ses contemporains qui s’attirèrent des répliques cinglantes : « Au fait, cher Maître, vous devez bien vous y connaître en nègres ?
Mais très certainement. Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière-grand-père était un singe.
Vous voyez, Monsieur : ma famille commence où la vôtre finit. » 
On rapporte également que Mademoiselle Mars s’écria après avoir reçu chez elle l’écrivain : « Il pue le nègre, ouvrez les fenêtre... »

Cette même année 1824, Dumas se remet au vaudeville avec de Leuven et La Chasse et l’Amour connaît un grand succès. C’est aussi la période où Dumas découvre les « Romantiques » et va beaucoup au théâtre. Il écrit son premier drame historique, Henri III et sa cour en 1828. Bien que qualifiée de « scandale en prose » (en référence à Hernani, la pièce de Victor Hugo qualifiée de « scandale en vers » à sa création), la pièce présentée à la Comédie-Française connaît un énorme succès. Il connaît la notoriété en tant que dramaturge mais dilapide ses revenus, il écrit alors beaucoup de pièces médiocres si bien que le public se lasse. Il passa aux romans-feuilletons dont le succès est tel qu’il est payé 3 francs la ligne (alors que les pigistes sont payés 30 sous la ligne.
C’est un auteur prolifique, avec l’aide notoire de « nègres », et en particulier d’Auguste Maquet, qui a participé à la plupart de ses réalisations. Il signe des grandes fresques historiques telles Les Trois Mousquetairesou Le Comte de Monte-Cristo en 1844. La même année, alors qu’il gagne bien sa vie (1 500 francs annuellement), Dumas achète un terrain à Port-Marly et fait bâtir le « château de Monte-Cristo », une bâtisse de style composite, à la fois Renaissance, baroque et gothique.
En 1846, il fait construire son propre théâtre à Paris, boulevard du Temple, qu’il baptise « Théâtre-Historique ». Le théâtre est inauguré en 1847 et accueille les pièces de plusieurs auteurs européens (Shakespeare, Goethe, Calderon, Schiller) avant de faire faillite en 1850.
En 1848, il est candidat malheureux aux élections législatives qui suivent la révolution. Il soutient ensuite Louis Eugène Cavaignac contre Louis-Napoléon Bonaparte.
Ruiné par la faillite de son théâtre, Dumas est obligé de vendre aux enchères son château qu’Honoré de Balzac admirait tant. En 1851, poursuivi par plus de cent cinquante créanciers, Dumas doit s’exiler un temps en Belgique.
Dumas ne cessera jamais de s’engager : en 1852, il s’exile momentanément, comme Victor Hugo, pour protester contre le coup d’État de Napoléon III, et en 1860, il vend ses biens pour acheter des armes pour l’armée de Garibaldi.
Dumas est un ami et un admirateur de Garibaldi et pendant l’expédition des Mille, il se rend en Sicile pour lui livrer les armes achetées. Il est le témoin de la bataille de Calatafimi qu’il décrit dans « Les Garibaldiens », publié en 1861. Il est aux côtés de Garibaldi le jour de son entrée dans Naples puis il est nommé Directeur des fouilles et des musées, charge qu’il occupe pendant trois ans (1861-1864) jusqu’à ce que, à cause du mécontentement des Napolitains qui acceptent mal qu’un étranger occupe une telle charge, il préfère démissionner et rentre à Paris. Durant la même période, il dirige le journalL’Indipendente auquel collabore le futur fondateur du Corriere della Sera, Eugenio Torelli Viollier.
Dumas ne ralentit pas pour autant sa production littéraire. Fin gourmet, il est même l’auteur en 1870 d’unGrand dictionnaire de cuisine, publié après sa mort en 1873. « Alexandre Dumas partageait son temps, comme d’habitude, entre la littérature et la cuisine ; lorsqu’il ne faisait pas sauter un roman, il faisait sauter des petits oignons. » 
En septembre 1870, après un accident vasculaire qui le laisse à demi paralysé, Dumas s’installe dans la villa de son fils à Puys, quartier balnéaire de Dieppe. Il y meurt le 5 décembre 1870.

Sa dépouille est transférée au Panthéon de Paris le 30 novembre 2002, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance. « Il s’agit d’un acte de haute valeur symbolique : écrivain de génie, il a été un vrai républicain et a participé à la révolution de 1830. Et puis, ce « nègre » honoré par la République ! Je n’oublierai jamais lors de son entrée au Panthéon, l’image d’une jeune Marianne noire, juchée sur un cheval blanc ».

Oeuvres

Théâtre

Romans et romans historiques

  • 1833 Gaule et France ; Les Enfants de la Madone ; Une joute ; La Vendée et Madame
  • 1835 Isabelle de Bavière ; Souvenirs d’Antony
  • 1836 Napoléon ; Guelfes et gibelins
  • 1837 Piquillo
  • 1838 Acte ; Pauline. Pascal Bruno. Murat (La salle d’armes) ; Capitaine Paul ; La main droite du sire de Giac ; Jaques Ortis
  • 1839 Maître Adam le Calabrais ; Vie et Aventures de John Davys ; La Comtesse de Salisbury ; Capitaine Pamphile ; Les Crimes célèbres ; Praxède
  • 1840 Mémoires d’un maître d’armes ; Othon l’Archer ; Les Stuarts
  • 1841 La Chasse au chastre ; Galerie de Florence ; L’Armée française ; Capitaine Arena ; Les Frères corses
  • 1842 : Chevalier d’Harmenthal ; Le Speronare ; Aventures de Lyderic ; Jehanne la Pucelle ; Chronique du roi Pépin ; Chronique de Charlemagne
  • 1843 Georges ; Ascanio ; Amaury ; Gabriel Lambert ; Sylvandire ; Un alchimiste au XIXe siècle ; Le Château d’Epstein ; Filles, lorettes et courtisanes
  • 1844 Les Trois Mousquetaires ; Une fille du Régent ; Histoire d’un casse-noisette ; La boutillie de la comtesse Berthe ; Les Frères corses ; Les Trois Maîtres ; Les Médicis ; Louis XIV et son siècle ; Fernande ; Cécile ; Le Comte de Monte-Cristo ; Sylvandire
  • 1845 Vingt ans après ; La reine Margot
  • 1846 : Chevalier de Maison-Rouge ; La Dame de Monsoreau ; Le Bâtard de Mauléon ; Joseph Balsamo (Mémoires d’un médecin) ; Les Deux Dianes
  • 1847 : Une amazone (Herminie) ; La reine Margot ; Les Quarante-Cinq ; Vicomte de Bragelonne
  • 1848 Révélation sur la mort d’Émile Thomas
  • 1849 La Femme au collier de velours ; La Régence ou Louis XV (ou Louis et sa cour) ; Le Collier de la reine ; Mariage du père Olifus ; Testament de M. Chauvelin
  • 1850 La Tulipe noire ; Ange Pitou ; L’Auberge de Schawasbach ; La Colombe ; Louis XVI, Louis XVI et Marie-Antoinette, Louis XVI et la Révolution
  • 1851 Le Trou de l’enfer (ou Dieu Dispose) ; Olympe de Clèves ; Le Drame de 93
  • 1852 Gil Blas en Californie ; Histoire de deux siècles ; Souvenirs de 1830 à 1842 ; Maison de Savoie ; Les drames de la mer ; Histoire de Louis- Philippe (dernier roi des Français) ; La Comtesse de Charny ; Isaac Laquedem
  • 1853 Le Pasteur d’Ashbourn
  • 1854 Les Mohicans de Paris ; La Jeunesse de Pierrot ; El Salteador ; Catherine Blum ; Le Page du duc de Savoie ; Capitaine Richard ; Princesse de Monaco (vie et aventures de la) ; Vie d’artiste ; Saphir ; Ingénue
  • 1855 Les Grands hommes en robe de chambre (César-Henri IV-Louis XIII-Richelieu) ; Journal de Madame Giovani ; Le Lièvre de mon grand-père
  • 1856 La Dame de Volupté ; Abd-Al-Hammed Bey ; Un cadet de famille ; Mémoire d’une aveugle
  • 1857 L’Homme aux contes ; Le Meneur de loups ; Charles le Téméraire ; Les Compagnons de Jehu
  • 1858 Black ; L’Horoscope ; La Route de Varennes ; Les Louves de Machecoul ; Madame de Chamblay ; Chasseur de sauvagine
  • 1859 Sultanetta ; Boule de neige ; La Maison de glace ; L’Île de feu (Le médecin de Java) ; Jane ; M. Coumbes (fils de Forçat) ; Mémoires d’un policeman ; Princesse Flora ; Mariana ; Contes pour les enfants ; Le sifflet enchanté
  • 1860 Le Père de la Ruine ; Jacquot sans oreilles ; Une aventure d’amour ; La Marquise d’Escoman ; Le Père Gigogne
  • 1861 Les morts vont vite ; Une nuit à Florence
  • 1862 Ivanhoé ; Les Bourbons de Naples
  • 1864 Les Deux Reines ; La San Félice ; Emma Lyonna
  • 1865 Souvenirs d’une favorite ; Un pays inconnu
  • 1867 La Terreur prussienne ; Les Hommes de fer ; Parisiens et provinciaux ; Les Blancs et les Bleus
  • 1870 Le Docteur mystérieux (la fille du marquis)
  • 1872 Le Capitaine Rhino ; Le Prince des voleurs
  • 1873 Robin Hood le Proscrit

Journaux

  • 1848 Le Mois
  • 1853 Le Mousquetaire
  • 1857 Le Monte-Cristo
  • 1860 L’indépendante ; Journal du jeudi
  • 1868 Le d’Artagnan

Nouvelles

  • 1826 : Nouvelles contemporaines
  • 1844 Lettres sur l’art dramatique
  • 1849 Mémoires de Talma
  • 1852 Mes Mémoires
  • 1854 Causeries
  • 1855 La Dernière année de Marie Dorval
  • 1858 La Retraite illuminée ; Histoire de mes bêtes
  • 1860 Mémoires de Garibaldi
  • 1861 Les Garibaldiens ; Le Pape devant les Évangiles ; Bric à brac
  • 1865 Bouts rimés
  • 1868 Souvenirs dramatiques

Voyages

  • 1833 Impression de voyage : en Suisse
  • 1834 : La Méditerranée et ses côtes
  • 1838 Quinze jours au Sinaï
  • 1841 Nouvelles impressions de voyage: le Midi de la France ; Une année à Florence (suite du Midi de la France) ; Excursions sur les bords du Rhin
  • 1843 : Le corricolo (voyage en Italie et en Sicile) ; La Villa Palmieri
  • 1847 De Paris à Cadix
  • 1848 Le véloce, ou Tanger, Alger et Tunis
  • 1859 Impressions de voyage en Russie ; Le Caucase
  • 1860 L’Arabie heureuse
  • 1884 Voyage en Bourbonnais

Autres

  • 1873 Grand dictionnaire de cuisine
  • 1877 Propos d’art et de cuisine
  • 1882 Petit dictionnaire de cuisine