MATURIN (Charles Robert)

MATURIN (Charles Robert) 1782-1824

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Biographie

Né en Irlande, à Dublin, dans une famille protestante aisée d’origine française, descendant d’émigrés huguenots – quoique cette assertion fasse débat – Charles Robert Maturin poursuit ses études au Trinity College de Dublin. Ordonné pasteur, il est chargé en 1803 de la cure de Loughrea et épouse Henrietta Kingsbury, chanteuse reconnue, dont la sœur, Sarah Kingsbury, a une fille, Jane, la mère d’Oscar Wilde. La famille s’installe à Dublin lorsque Maturin est nommé vicaire de l’église St Peter.
Si ses trois premières œuvres (Fatale Vengeance, Le Jeune Irlandais et Connal, ou les Milésiens), toutes parues sous le pseudonyme de Dennis Jasper Murphy, se révèlent être des échecs critiques et commerciaux, Fatale Vengeance (publié en 1807 chez Longman & Co.) attire néanmoins l’attention de Walter Scott. Dans un article du Quarterly Review daté de mai 1810, l’écrivain écossais, s’il déplore la construction un peu chaotique du roman et certaines faiblesses du style de Maturin – trop proche, selon lui, de celui d’Ann Radcliffe et pâtissant de certains de ses défauts – il n’hésite pas non plus à louer l’ardeur de l’auteur, son originalité ainsi que son sens de la terreur, avant de conclure son article sur une note encourageante où il engage son lecteur à être attentif aux futures productions de Maturin. Ce dernier, fort de cet éloge, se rend donc chez Scott pour lui soumettre Bertram ou le Château de Saint-Aldobrand (Bertram ; or The Castle of St. Aldobrand), une tragédie en cinq actes aux tonalités très sombres, dans la lignée de ses précédentes productions. Scott recommande l’auteur à Lord Byron, alors membre du sous-comité de direction du théâtre de Drury Lane et qui semblait à ce moment peiner à trouver une œuvre digne d’être jouée par ses comédiens.
Grâce à ces deux soutiens, Maturin réussit en 1816 à faire jouer Bertram. Vingt-deux représentations au théâtre de Drury Lane, portées par le célèbre acteur Edmund Kean dans le rôle-titre, assurent à l’auteur une certaine notoriété, mais la réussite financière se fait toujours attendre. En effet, la sortie de la pièce coïncide avec la mise en disponibilité de son père et la banqueroute d’un autre membre de la famille que l’auteur débutant doit secourir financièrement.
Pire : dans plusieurs articles publiés en septembre 1816 pour le compte du journal The Courier, Samuel Taylor Coleridge éreinte la pièce qu’il juge ennuyeuse et sordide, allant même jusqu’à considérer l’ouverture du quatrième acte comme la « preuve affligeante de la dépravation de la mentalité du spectateur ». Il n’hésite pas à la traiter d’œuvre athée. L’Église d’Irlande prend bonne note de ces critiques et, ayant découvert l’identité de l’auteur (Maturin avait dû renoncer à son pseudonyme pour toucher les droits d’auteur), elle fait en sorte de contrer tout espoir de promotion dans la hiérarchie ecclésiastique. Obligé de continuer à écrire pour subvenir aux besoins de sa femme et de leurs quatre enfants ainsi que de son père malade, il se tourne vers le roman après l’échec de plusieurs œuvres dramatiques. Son salaire de pasteur est de 80 à 90 livres par an, alors qu’il a gagné 1 000 livres avec sa pièce de théâtre Bertram, qui connut une ovation et fut jouée durant plusieurs semaines à Londres. Maturin n’obtint pourtant pas en totalité l’argent escompté ; après la trahison d’un ami qui dilapida cette fortune, ce qu’il en restait fut utilisé pour régler ses propres dettes.
Il demeure néanmoins vicaire de l’église St Peter à Dublin jusqu’à sa mort. Il ne connaît pas la popularité en Irlande, à cause de ses convictions protestantes, mais devient très célèbre en Angleterre grâce à ses tragédies. En outre, sa vie est assombrie par les difficultés financières. Pendant sa carrière d’écrivain, il publie des textes moins sombres, comme Le Jeune Irlandais, mais ce sont ses récits d’horreur et ses romans gothiques qui lui valent sa notoriété. Même quand il aborde le roman historique, Maturin demeure attaché au fantastique. Les Albigeois (The Albigenses, 1824) est ainsi un roman historique dans la tradition de Walter Scott, « centré sur la croisade des Albigeois, au XIIIe siècle, et contient un récit de loup-garou ».
Maturin meurt à Dublin à 42 ans, la veille d’Halloween. À l’époque, des rumeurs circulèrent (que rien ne vint confirmer par la suite) qu’il s’était suicidé. Plus récemment, on attribue sa mort à un ulcère de l’estomac. Maturin, trop pauvre pour pouvoir se soigner correctement, aurait abusé de laudanum pour calmer ses douleurs, ce qui aurait précipité son déclin.

Oeuvres

Théâtre