TAILLADE (Paul-Félix)


TAILLADE (Paul-Félix) 1826-1898

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Biographie

Né hors mariage, Taillade a été élevé à Rosny chez des paysans. Tout enfant, il mettait en scène les fables de La Fontaine. Placé à sept ans et demi au lycée Bonaparte, où il a fait toutes ses études, il était destiné à quelque cabinet de notaire ou d’avoué par la personne qui avait jusque-là pourvu anonymement à ses besoins. Néanmoins, passionné pour le théâtre, devant son refus d’entrer dans une étude d’huissier, il a préféré perdre, à l’âge de dix-huit ans, le soutien financier dont il avait bénéficié jusque-là pour se jeter à corps perdu dans le théâtre. Forcé, pour vivre, de se faire professeur dans un petit pensionnat du quartier Poissonnière.
À vingt ans, il va, bien que timide, trouver Mademoiselle Mars retirée du théâtre qui lui conseille d’entrer au Conservatoire. Admis dans la classe de Jean-Baptiste Provost, dont l’enseignement ne lui convient pas, il le quitte au bout de quinze mois. Son inspiration était plutôt celle de Frédérick, l’homme de Victor Hugo, l’interprète romantique du romantisme et Valère de Tartufe.
Il fait néanmoins ses débuts, mais sans engagement, à la Comédie-Française, en 1847, sans le rôle du Séide de Mahomet, puis l’Égisthe de Mérope, du même auteur. Il joue ensuite le Clinias de la Ciguë, d’Émile Augier, que la Comédie-Française avait d’abord refusé, avant de la reprendre deux ans après, et la garder depuis au répertoire, devant le succès éclatant qu’elle avait obtenu à l’Odéon.
En 1848, il entre au Théâtre de la Gaîté. En 1850, il acquiert enfin la célébrité lorsque Fabrice Labrousse met à profit le masque anguleux, pour ne pas dire napoléonien, de ses traits pour lui faire incarner le Premier Consul dans Bonaparte ou les Premières pages d’une grande histoire au Cirque national. Le lendemain de la première, tout Paris connaissait cet acteur original, étrange, nerveux, souvent bien inspiré, mais inégal.
Après être brièvement passé à l’Ambigu, il retourne au Cirque, dans le rôle de Charles IX de la Reine Margot, puis Darnley dans Marie Stuart en Écosse. À la Porte-Saint-Martin, il fait les honneurs de la Jeunesse de Louis XI, de Jules Lacroix. Il a également tenu avec une grande exactitude historique, le rôle de Charles-Quint, dans le Gentilhomme de la Montagne d’Alexandre Dumas.
En 1863, il fait ses débuts à l’Odéon dans Macbeth. En septembre 1866, il y incarne Oreste dans Andromaque. Il se plait alors à jouer le classique : Néron de Britannicus, Œdipe, le Cid, Abner dans Athalie, Polyeucte. En 1868, il joue avec succès le rôle du fou mendiant dans le Roi Lear. Il crée ensuite, toujours à l’Odéon, Jeanne de Ligneris, 3 septembre 1868, et le Drame de la rue de la Paix, en novembre, mais son refus absolu de se plier aux lois de la tradition lui ferme les portes de la Comédie-Française. À Empis, qui lui parle de tradition, il répond « J’aime mieux créer. »
Le 10 mars 1869, au Châtelet, il personnifie Saint-Just dans les Blancs et les Bleus. À Paris, lors du siège par les Prussiens, il se prodigue, récitant divers morceaux des Châtiments de Victor Hugo dans des représentations patriotiques, déclamant l’Expiation du même à l’Opéra. En 1871, il reprend Richard d’Arlington au théâtre Cluny, et effectue des tournées en province. En 1873, il interprète le rôle d’Oreste dans Andromaque, au théâtre Déjazet. Il réapparait à l’Odéon dans les Erynnies, puis incarne Simon Renard dans Marie Tudor, Ali-Pacha dans Libres !, Henri III dans Henri III et sa cour et triomphe, le 29 janvier 1874, dans le rôle de Pierre Frochard le rémouleur dans les Deux Orphelines à la Porte-Saint-Martin, qui constitue l’apogée de sa carrière. Dès lors, il ne jouera plus guère que des reprises de ses rôles. En 1892, la Porte-Saint-Martin reprend les Deux Orphelines, son triomphe, mais sans lui.
Dans ses dernières années, ne trouvant plus où s’employer sur les scènes parisiennes, passées à la féerie, l’opérette ou le drame réaliste, il devait courir le cachet de théâtre de banlieue en théâtre de province, partout où l’on jouait encore le mélodrame, bien fatigué, les hésitations de sa mémoire chancelante ralentissant son débit et l’obligeant souvent à suppléer par la mimique au mot qui le fuyait4. De plus, le vieux champion du drame, parmi les derniers survivants de la période illustrée par les Dumaine, Lacressonnière, Mélingue, Laferrière, Brésil, etc. connaissait des difficultés de diction causées par des problèmes dentaires. Le directeur de théâtre Alphonse Lemonnier ayant demandé à Adolphe d’Ennery l’autorisation de reprendre Paillasse, le dramaturge lui a fait donner par sa femme l’adresse d’un dentiste mais Taillade ayant refusé de se faire poser un dentier, d’Ennery lui a retiré une partie de son répertoire.
Vieilli, malade, il envisageait de prendre sa retraite et de donner sa représentation d’adieu à l’Opéra pour se vouer au professorat mais, à cours d’argent, il s’était engagé pour aller reprendre son rôle de Kérouan dans la Closerie des Genêts de Frédéric Soulié à l’Alhambra de Bruxelles, malgré les tentatives d’Alphonse Lemonnier de l’en dissuader. Arrivé bien portant à Bruxelles, il était allé prendre une consommation au café de l’Alhambra vers dix heures. L’affaire Dreyfus qui, à ce moment-là, occupait tous les esprits, surtout en Belgique, ayant été évoquée, une discussion a eu lieu à ce sujet avec des consommateurs bruxellois dreyfusards, ce qui il l’a mis en fureur. Très échauffé, il a voulu aller prendre l’air un instant dans la rue devant le théâtre, et c’est là qu’il est tombé sans connaissance, mort.

Œuvres

Théâtre

  • 1856 : Le Château des Ambrières (Drame) avec Théodore Barrière
  • 1857 : Charles XII (Drame historique militaire) avec Eustache Lorsay
  • 1858 : Le Contrat rompu (Drame)
  • 1860 : Les Catacombes de Paris (Drame)
  • 1863 : André Rubner (Drame) avec Paul Têtedoux