Le Fils de l'émigré (Alexandre DUMAS Père - Auguste ANICET-BOURGEOIS)

Drame en quatre actes et un prologue.

Représenté pour la première et seule fois, à Paris, sur le Théâtre de la Porte Saint-Martin, le 28 août 1832.

 

Prologue : Brienz (Suisse allemande), 1793. Pendant que grondent les canons français, Catherine Humbert donne un fils à l’armurier Grégoire. L’enfant est baptisé Georges. Liesse mitigée : le contremaître Patrot sait que cet enfant est le fruit d’une trahison. Neuf mois auparavant, un émigré français, de Bray, profitant de l’ivresse de Grégoire, était entré dans la chambre de Catherine. Les combats se rapprochent. Un soldat de l’armée de Condé trouve refuge dans l’armurerie ; c’est de Bray. Grégoire le reconnaît et, le croyant toujours son ami, assure sa fuite. Patrot l’aide contre son gré et révèle ensuite à l’armurier la trahison de l’émigré. Humbert fait jurer à Patrot de le venger un jour ; l’instrument de sa vengeance sera le second fils qu’il attend de Dieu.
Acte I : Vingt-deux ans plus tard, devenu secrétaire de l’émigré, Georges quitte Francfort en compagnie de sa maîtresse Thérèse pour retrouver sa mère et exiger sa part. Mais l’armurier a fait faillite et s’est suicidé. Thérèse pousse Georges à dérober la cassette contenant le pécule familial. Ruinés, ne pouvant acquitter les créanciers, Catherine Humbert et Jules, son second fils, quittent Brienz en compagnie du fidèle Patrot.
Acte II : À Paris, un an plus tard : Georges s’est ruiné au jeu, Thérèse le trompe avec le banquier Valin de Bray, devenu agent secret des Bourbons, intrigue contre Valin qui l’a démasqué ; il demande à Georges d’entrer secrètement chez le banquier pour récupérer des papiers compromettants.
Acte III : Patrot, établi serrurier à Paris, révèle à Jules, le second fils de Grégoire Humbert, le terrible secret de famille. L’adolescent veut provoquer de Bray en duel. On apprend alors l’arrestation de Georges : entré par effraction chez le banquier, il y a trouvé sa maîtresse et l’a tuée. C’est à ce moment que de Bray découvre l’identité de Georges.
Acte IV : Le fils de l’émigré est condamné à mort. Il refuse le sauf-conduit qu’a obtenu de Bray et fait ses adieux à sa mère. À la Conciergerie, Catherine fait monter Jules sur une table pour qu’il assiste à l’exécution et en tire un enseignement.

 

Écrit à la demande de Mlle Georges qui « en avait assez de jouer des reines », ce mélo trépidant avec mari trompé, bâtard emblématique, crime de sang et guillotine, sur fond d'épopée révolutionnaire et de Restauration corrompue, fut écrit par Dumas sur une idée d'Anicet-Bourgeois. Bien qu'ayant rédigé tout seul le prologue et les trois premiers actes, il ne signa pas la pièce, car il avait déjà plusieurs fers au feu et ne voulait pas donner l'impression d'écrire en même temps pour tous les théâtres de la capitale.

Demeuré inédit, le texte fut retrouvé en 1904 par L.-H. Lecomte qui en publia le quatrième acte dans sa biographie d'Alexandre Dumas. 90 ans plus tard, Daniel Zimmermann exhuma des fonds de la Bibliothèque de l'Arsenal une copie complète de la pièce peut-être destinée au metteur en scène, qu'il publia chez Actes-Sud Papiers en 1995.

(Références : Société des Amis d’Alexandre Dumas)