Crispin médecin (HAUTEROCHE)

Comédie en trois actes.

Représentée pour la première fois en 1674.

 

Personnages

 

LISIDOR, père de Géralde

GÉRALDE, amant d’Alcine

MIROBOLAN, médecin, Père d’Alcine

FÉLIANTE, mère d’Alcine

ALCINE

DORINE, servante de Féliante

MARIN, valet de Lisidor

CRISPIN, valet de Géralde

LISE, servante

UN CHIRURGIEN

GRAND-SIMON

 

La scène est à Paris.

 

 

ACTE I

 

 

Scène première


LISIDOR, MARIN

 

MARIN.

Quoi, Monsieur ! vous voulez vous remarier, dites-vous ?

LISIDOR.

Oui, oui, je veux me remarier ; et, pour cet effet, j’ai envoyé mon fils à Bourges, sous prétexte d’étudier encore quelque temps la jurisprudence.

MARIN.

Suffit. Mais peut-on vous demander comment se nomme celle que vous voulez épouser ?

LISIDOR.

C’est Alcine.

MARIN.

Quoi ! la fille de Moniteur le Médecin Mirobolan ?

LISIDOR.

Oui.

MARIN.

Vous vous raillez, Monsieur : cette fille n’a pas plus de dix-huit ans, et serait plus propre pour Monsieur votre fils que pour vous.

LISIDOR.

Je ne veux pas que mon fils se marie de trois ou quatre ans.

MARIN.

Mais, Monsieur, pensez-vous bien à ce que vous faites, quand vous formez le dessein d’épouser Alcine ?

LISIDOR.

Comment ! si j’y pense ! Oui, oui, j’y pense fortement. Elle est belle, elle est sage, elle est jeune, elle est  spirituelle ; enfin elle a des qualités qui ne sont pas communes.

MARIN.

Hé ! ce sont toutes ces belles qualités qui devraient vous empêcher d’y songer ; car, à dire le vrai, toutes ces choses ne s’accordent guères bien avec un vieillard.

LISIDOR.

Hé ! je ne suis point tant vieux.

MARIN.

Non-dà ; si nous étions au tems où les hommes vivaient sept ou huit cents ans, vous ne feriez encore qu’un jeune adolescent ; mais dans celui où nous sommes, je vous tiens fort avancé dans la carrière.

LISIDOR.

Mais soixante ans...

MARIN.

Ma foi, à n’en point mentir, je crois que vous en avez pour le moins douze ou quatorze de plus ; car je me souviens que l’autre jour le bonhomme Pyrante buvant avec vous le petit coup, disait qu’il en avait soixante et six ; que vous étiez en Philosophie, qu’il n’était encore qu’en cinquième ; et qu’à la tragédie du collège, il jouait le Cupidon quand vous représentiez l’Empereur.

LISIDOR.

Il ne fait ce qu’il dit là-dessus. Il est de ces gens qui se veulent faire plus vieux qu’ils ne font.

MARIN.

Laissons l’âge à part ; aussi bien, comme on dit, il n’est que pour les chevaux, Moniteur : mais parlons un peu de votre mariage. Croyez-vous que Monsieur Mirobolan, et que Féliante, sa femme, vous accordent leur fille, n’ayant que cet enfant-là ? Quand on n’a qu’une fille unique, et qu’on la marie, c’est dans l’espérance de voir naître d’elle des petits poupons : mais, à ne rien déguiser, si vous l’épousez, ils courent grand risque de n’avoir jamais cette joie, à moins que la Cour des Aides... Vous m’entendez.

LISIDOR.

Ce n’est pas là ton affaire, et je sais bien ce que je fais : quand elle sera ma femme, nous ferons tout ce qu’il faudra faire.

MARIN.

Ma foi, je doute qu’elle la soit jamais.

LISIDOR.

Et moi, j’en suis fort assuré. Mirobolan est un homme de parole ; il me l’a promise de lui à moi.

MARIN.

C’est quelque chose que cela ; mais vous savez que Féliante est une maîtresse femme ; et, si je ne me trompe, elle a la mine de porter le haut-de-chausses.

LISIDOR.

Je sais qu’elle est un peu fière ; mais les avantages que je ferai à sa fille adouciront cette fierté ; et puis un mari est toujours le maître de sa femme.

MARIN.

Toujours ? Ma foi, j’en vois beaucoup qui n’en demeurent pas d’accord, et qui voudraient, de tout leur cœur, que vous eussiez dit vrai.

 

 

Scène II

 

MIROBOLAN, LISIDOR, MARIN

 

MARIN.

Mais voilà Moniteur Mirobolan qui sort de chez lui.

MIROBOLAN.

Ah ! c’est donc vous, Monsieur Lisidor ?

LISIDOR.

À votre service. Je venais pour vous parler de cette affaire.

MIROBOLAN.

De quelle affaire ?

LISIDOR.

Hé ! là, de ce que vous savez.

MIROBOLAN.

Quoi ?

LISIDOR.

De l’affaire dont nous avons parlé ensemble.

MIROBOLAN.

Quand ?

LISIDOR.

Hé ! plusieurs fois.

MIROBOLAN.

Où ?

LISIDOR.

En divers endroits.

MIROBOLAN.

Je ne sais ce que c’est.

LISIDOR.

C’est touchant le mariage de Mademoiselle votre fille et de moi.

MIROBOLAN.

Ah ! ce n’est que cela ? Je croyais que ce fût toute autre chose. Touchez là : vous savez la parole que je vous ai donnée ; vous n’avez qu’à choisir le jour, soyez certain que vous êtes le maître de cette affaire.

LISIDOR.

Je vous suis obligé. Mais avez-vous pris la peine d’en parler à Madame votre chère moitié ?

MIROBOLAN.

Non ; mais je vous réponds de son consentement : elle est soumise à nos volontés ; et puis, je saurais bien la réduire si elle faisait la difficile. Je suis le maître, une fois ; et nous savons, Dieu-merci, mettre une femme à la raison.

LISIDOR.

Je n’en doute point.

MIROBOLAN.

Je voudrais bien qu’elle eût soufflé devant moi, et qu’elle s’avisât de traverser ce que j’aurais résolu ! Je lui ferais bien voir que son cheval ne serait qu’une bête : mais, grâce au ciel, je n’en suis point à la peine ; et ma femme, en un mot, fait tout ce que je souhaite.

LISIDOR.

Trouvez bon, s’il vous plaît, que vous et moi lui portions les premières paroles ; c’est une bienséance que je dois observer en son endroit ; et, vous savez que le sexe est jaloux de ces petites formalités.

MIROBOLAN.

Volontiers ; et, pour cet effet, je vais la faire venir.

Il entre chez lui.

 

 

Scène III

 

LISIDOR, MARIN

 

LISIDOR.

Hé bien ! Marin, qu’en dis-tu ?

MARIN.

Tout cela va fort bien, et j’en suis fort aise, à cause de Monsieur votre beau-père.

 

 

Scène IV

 

MIROBOLAN, FÉLIANTE, LISIDOR, MARIN

 

MIROBOLAN.

Ma femme, voilà notre bon ami Monsieur Lisidor.

FÉLIANTE.

Ah ! je suis sa servante, et je suis ravie de le voir.

MIROBOLAN, bas à Lisidor.

Parlez le premier, la chose en aura meilleure grâce.

LISIDOR, bas à Mirobolan.

C’est à vous à commencer ; après je continuerai.

MIROBOLAN, de même.

Vous vous expliquerez mieux que moi.

LISIDOR, de même.

Point du tout : d’ailleurs, la raison veut que vous ouvriez le discours.

MIROBOLAN, de même.

C’est à vous a faire le premier pas.

LISIDOR, de même.

Je l’ai fait en votre endroit ; et vous devez, avant que je lui parle, la disposer...

FÉLIANTE.

Au moins, dites moi quelle contestation vous avez ensemble, et le sujet pourquoi vous m’avez fait venir ici.

LISIDOR.

Madame, c’est une petite bagatelle.

MIROBOLAN.

Ma femme, c’est notre ami Monsieur Lisidor, qui demande notre fille en mariage.

FÉLIANTE.

Et pour qui ?

LISIDOR.

Pour moi, Madame ; mais à des conditions qui, peut-être, ne vous feront pas désagréables. Sans doute que d’abord mon âge vous donnera quelque répugnance pour ce mariage ; mais, Madame, quand vous saurez que je lui fais de grands avantages, que je la prends sans que vous déboursiez un sol, et que Monsieur votre mari m’en a donné sa parole, j’ose espérer que vous me ferez la même grâce.

FÉLIANTE.

Toutes ces choses sont fort considérables ; mais votre âge, Monsieur, ne convient point avec celui de ma fille, et l’on voit souvent par de telles alliances des jeunes femmes tomber dans le désordre. Les caresses d’un vieillard dans le mariage ne s’accordent point avec celles d’une jeune personne ; il s’y rencontre trop d’antipathie, et nous voyons que même la nature y  répugne. Ainsi, Monsieur, pour éviter les disgrâces qui pourraient arriver à ma famille, trouvez bon que je vous refuse mon consentement.

LISIDOR.

Mais, Madame, votre mari m’en a donné sa parole.

FÉLIANTE.

Je le crois ; mais, selon l’apparence, il n’y a pas fait de réflexion ; car, sans doute, il aurait été de mon sentiment.

LISIDOR.

Monsieur, vous savez ce que vous m’avez promis.

FÉLIANTE.

Je crois, encore un coup, qu’il vous l’a promise ; mais il peut vous la dépromettre ; car, apparemment, il n’en fera rien.

LISIDOR.

Monsieur, un homme d’honneur doit tenir ce qu’il promet. Parlez, ne m’avez-vous pas promis votre fille en mariage ?

MIROBOLAN.

Hé !... tout cela est vrai.

FÉLIANTE.

Eh bien ! s’il vous l’a promise, je ne vous l’ai pas promise, moi ; et c’est assez.

MIROBOLAN.

Ma femme !...

FÉLIANTE.

Hé ! mon Dieu ! laissez-moi, je sais fort bien ce que je fais.

MIROBOLAN.

Mais il faudrait...

FÉLIANTE.

Il faudrait ne pas promettre si facilement. Encore une fois, il n’en sera rien ; et vos raisons ne peuvent être que très mauvaises sur ce chapitre.

À Lisidor.

Adieu, Monsieur ; mettez-vous en tête que vous n’aurez jamais ma fille.

Elle sort.

 

 

Scène V

 

LISIDOR, MIROBOLAN, MARIN

 

MARIN, à Mirobolan.

Monsieur ?

MIROBOLAN, à Marin.

Que veux-tu ?

MARIN.

Je suis le maître, une fois ; et nous savons, Dieu merci, mettre une femme à la raison. Je voudrais bien qu’elle eût soufflé devant moi, et qu’elle s’avisât de traverser ce que j’aurais résolu, je lui ferais bien voir que son cheval ne serait qu’une bête : mais, grâce au ciel, je n’en suis point à la peine ; et ma femme, en un mot, fait tout ce que je souhaite.

LISIDOR, à Mirobolan.

En effet, Marin a raison ; et ce sont les discours que vous me teniez, avant que nous eussions parlé à votre femme.

MIROBOLAN, à Lisidor.

Il est vrai ; mais il faut se donner tin peu de patience ; il ne faut pas toujours s’emporter d’abord : l’on doit quelquefois apporter quelque tempérance aux choses. Je vous tiendrai parole, ou... Allez, laissez-moi faire.

MARIN, à Lisidor.

Fort bien, laissez faire à Monsieur, il gâtera tout. Ma foi, vous devez plutôt croire aux paroles de la femme qu’à celle du mari. Vous voyez clairement qu’elle seule est le maître et la maîtresse.

MIROBOLAN, à Marin.

Vous ne savez ce que vous dites.

MARIN.

Non ; mais je sais que vous venez d’être furieusement repoussé à la demi-lune. Dites-moi, s’il vous plaît, qui croyez-vous qui soit le maître, ou de vous ou de Madame votre femme ?

MIROBOLAN.

C’est moi.

MARIN.

Oui-dà ; en paroles, mais non pas en effet.

MIROBOLAN.

Apprenez que je le suis en effet, de même qu’en paroles. Vous êtes un fat.

MARIN.

Ah ! Monsieur ! je ne vous dispute point cette qualité.

MIROBOLAN.

Taisez-vous.

À Lisidor.

Monsieur, encore une fois... Suffit : adieu.

Il sort.

MARIN, à Mirobolan qui sort.

Oh, diable ! c’est fort bien dit.

 

 

Scène VI

 

LISIDOR, MARIN

 

MARIN.

Monsieur, vous ne devez point prétendre d’épouser Mademoiselle Alcine ; car cette mère impérieuse et opiniâtre, ne vous l’accordera jamais. Quant au mari, il est habile Médecin, grand Astrologue, grand Devin, mais chez lui il n’est pas toujours le maître : ainsi, vous ne devez point faire de fond sur ses promesses.

 

 

Scène VII

 

CRISPIN, LISIDOR, MARIN

 

LISIDOR.

Mais ne vois-je pas Crispin ?

MARIN.

Oui, Monsieur, c’est lui-même.

CRISPIN, à Lisidor.

Ah ! Monsieur ! serviteur. Bon jour, Marin.

MARIN, à Crispin.

Bon jour.

LISIDOR, à Crispin.

Qui t’amène en cette ville ?

CRISPIN.

C’est Monsieur votre fils, qui m’y a envoyé en diligence ; aussi je n’ai été que huit jours à venir de Bourges à Paris.

MARIN.

La diligence est grande, et tu devrais avoir une charge de Messager à pied.

LISIDOR.

Pourquoi t’a-t-il envoyé ?

CRISPIN.

Monsieur, voici une lettre qui vous dira tout.

LISIDOR, lit.

« Monsieur mon père, on me voit le cul de tous les côtés ; je prie Dieu qu’ainsi soit de vous. Autre chose ne puis mander, sinon que je vous prie... »

Ce n’est pas là le style ni l’écriture de mon fils. Est-ce que tu te railles de moi ?

CRISPIN.

Non, Monsieur ; mais je vous demande excuse. Vous saurez que j’ai perdu en chemin la lettre de mon Maître, et que j’ai fait écrire celle-ci dans un village par un paysan. Mais enfin, je sais bien qu’il vous demande de l’argent, et qu’il vous dit que ses habits ne valent plus rien. Lisez le reste de cette lettre.

LISIDOR.

Hé ! je suis satisfait de ce que j’en ai lu.

MARIN.

Est-ce toi qui l’a dictée au paysan ?

CRISPIN, à Marin.

Oui dà, c’est moi ; qu’en veux-tu dire ?

MARIN.

Rien, sinon qu’elle est bien imaginée.

CRISPIN.

Tu fais toujours le beau diseur, et le grand esprit ; mais, morbleu ! apprends que j’en fais plus que toi.

MARIN.

Ho ! je n’en doute pas.

CRISPIN.

Morbleu ! veux-tu te battre à coups de poing ? tu verras si...

LISIDOR.

Qu’on se taise l’un et l’autre.

CRISPIN, à Lisidor.

Mais aussi, Monsieur, il fait toujours l’entendu, et croit qu’on n’est pas aussi habile homme que lui.

MARIN.

Ah ! je te le cède.

LISIDOR, à tous deux.

Encore une fois, qu’on se taise. Mais, Crispin, depuis quatre mois, a-t-il dissipé son argent et ses habits, comme tu dis ?

CRISPIN.

Oui, Monsieur : si cela n’était pas, je ne voudrais pas vous le dire.

LISIDOR.

Il va un peu bien vite. Mais va te reposer au logis, je te parlerai tantôt, j’ai à présent une affaire qui me presse. Allons, suis-moi, Marin.

Marin, en se retirant, fait des saluades à Crispin. Crispin rebute ses saluades.

 

 

Scène VIII

 

CRISPIN, seul

 

Parbleu, il semble à ce visage, qu’il n’y a que lui qui sache quelque chose. Morbleu ! quand il voudra se gourmer, en lui fera voir si l’on n’en fait pas autant que lui, et possible davantage. Mais, allons au logis du bonhomme Lisidor, afin que nous ayons de l’argent ; mon Maître en a grand besoin ; les dépenses qu’il fait chaque jour...

 

 

Scène IX

 

GÉRALDE, CRISPIN

 

CRISPIN, à part.

Mais je le vois ; il ne faut pas lui dire que j’ai perdu sa lettre ; il pourrait me maltraiter.

GÉRALDE.

Que fais-tu là, dis-moi ?

CRISPIN.

Rien, Monsieur.

GÉRALDE.

Quoi ! depuis deux heures que je t’ai quitté, tu n’as pas encore été chez mon père ?

CRISPIN.

Non, Monsieur ; mais je l’ai rencontré dans la rue, et notre affaire est faite.

GÉRALDE.

Comment ?

CRISPIN.

Je lui ai donné votre lettre, et j’ai dit que vous aviez besoin d’argent ; bref qu’il vous en fallait.

GÉRALDE.

Et qu’a-t-il répondu ?

CRISPIN.

Rien, sinon que j’allasse l’attendre au logis, et qu’il parlerait tantôt à moi, et que pour à présent, il allait en ville pour quelque affaire.

GÉRALDE.

Ne t’a-t-il point interrogé sur ma conduite ?

CRISPIN.

Fort peu ; mais je crois que tantôt il n’y manquera pas ; et c’est où je l’attends.

GÉRALDE.

Prends bien garde, au moins...

CRISPIN.

Hé ! laissez-moi faire ; nous ne sommes pas si sots que nous sommes mal habillés : il me croit bien plus niais que je ne suis.

GÉRALDE.

Défie-toi de Marin, surtout ; car tu sais que c’est une fine mouche.

CRISPIN.

Je ne me soucie guère de lui. Parbleu ! à cause qu’il sait lire et écrire, et que je ne sais rien du tout, il s’imagine qu’on n’est pas aussi savant que lui. J’ai bien pensé lui donner sur la gueule.

GÉRALDE.

Il était donc avec mon père ?

CRISPIN.

Oui-dà, et voulait déjà raisonner ; mais nous l’avons relancé... Allez, reposez-vous sur moi : vous savez que je ne suis pas beau diseur, mais que je fais les choses quand vous me les commandez. D’où vient que vous êtes sorti ?

GÉRALDE.

Alcine m’a mandé qu’elle avait quelque chose à me faire savoir, et que je me trouvasse autour du logis de derrière... Mais je crois l’apercevoir.

 

 

Scène X

 

ALCINE, DORINE, GÉRALDE, CRISPIN

 

ALCINE.

Vous venez bientôt, Géralde ; je vous ai mandé de ne venir de plus de deux heures.

GÉRALDE.

Vous dites vrai, Madame, mais vous savez que l’impatience tourmente d’ordinaire les amants, et... qu’ils croient leur peine adoucie, quand, ils peuvent voir le lieu qui renferme la personne qu’ils aiment.

ALCINE.

Géralde, trêve à toutes ces belles choses, car je ne puis demeurer longtemps avec vous. Je vais faire une visite, où ma mère doit venir me trouver. Apprenez seulement que votre père me veut épouser.

GÉRALDE.

Mon père ?

ALCINE.

Oui, votre père ; et que le mien lui a donné sa parole : mais ma mère qui, comme vous savez, est la maîtresse, a fort rebuté le bonhomme Lisidor. Cependant, voyez l’embarras où nous sommes : car quand avec le temps j’aurai découvert à ma mère l’estime que j’ai pour vous, et que je l’aurai rendue favorable à ce que je souhaite, votre père n’y voudra point consentir. D’ailleurs, il ne faut rien espérer de ma mère sans l’aveu de votre père. Adieu, je crains qu’elle ne vienne sur mes pas.

Elle sort.

Crispin et Dorine se font de grandes révérences.

 

 

Scène XI

 

GÉRALDE, CRISPIN

 

GÉRALDE.

Que dois-je faire en cette occasion, cher Crispin ?

CRISPIN.

De quoi s’avise ce vieux Reître, de devenir amoureux à soixante et quatorze ans ? C’est, sans doute, pour cela qu’il nous a envoyés à Bourges ; mais il faut empêcher qu’il ne l’épouse. Ayons seulement de l’argent, et puis, nous lui taillerons bien de la besogne. Voyez le vieux pénard ! Il lui faut des filles de dix-huit ans, pour le réjouir ! il n’est pas vraiment dégoûté ; il le prend bien ; il lui en faut donner encore une pipe.

GÉRALDE.

Mais que faire, Crispin ?

CRISPIN.

Tâchez de parler à elle en particulier ; et, là, vous résoudrez toutes les affaires : elle vous donnera possible des moyens...

GÉRALDE.

Viens ; je vais lui écrire une lettre, que tu feras en sorte de donner à Dorine, quand elles seront revenues au logis.

CRISPIN.

Mais je dois aller chez votre père.

GÉRALDE.

Mais je veux que tu portes ma lettre avant que d’y aller.           

 

 

ACTE II

 

 

Scène première

 

MIROBOLAN, seul, appelle

 

Dorine ! Dorine ! holà, Dorine !

 

 

Scène II

 

MIROBOLAN, DORINE

 

DORINE.

Monsieur ?

MIROBOLAN.

Qu’on fasse ajuster cette salle proprement, afin d’y bien recevoir tous ceux qui me feront l’honneur de se trouver à la dissection du corps que me doit envoyer le Maître des hautes œuvres.

DORINE.

Mais, Monsieur, pourquoi choisir cet appartement ? Les autres fois vous les fîtes dans l’autre logis.

MIROBOLAN.

Il est vrai. Mais ma femme a voulu que je prisse ce logis de derrière, afin que celui de devant fût plus libre. Je trouve qu’elle a grande raison.

DORINE.

Ah ! je n’en doute pas.

MIROBOLAN.

Car, outre que nous ferons en notre particulier, le jardin qui sépare ces deux logis la garantira du bruit que les opiniâtres font ordinairement en ces occasions. Il s’en trouve toujours quelqu’un qui n’est jamais d’accord avec les autres, et qui, pour soutenir une opinion erronée, fait plus de bruit que quatre.

DORINE.

En vérité, Monsieur, tous tant que vous êtes de Médecins, vous n’êtes guère d’accord ensemble : votre science est bien incertaine, et vous y êtes les premiers trompés.

MIROBOLAN.

Cela arrive quelquefois ; mais ce n’est pas la faute de la Médecine.

DORINE.

Il faut donc que ce soit la faute des Médecins, puisque ce n’est pas celle de la Médecine.

MIROBOLAN.

Cela peut être vrai ; mais, Dorine, ce n’est pas là ton affaire.

DORINE.

Non ; mais je puis en dire mon sentiment ; et puis, si ce n’est pas mon affaire aujourd’hui, ce la sera quelque jour en dépit de moi.

MIROBOLAN.

Fort bien ; mais laissons ce chapitre, et songe à recevoir ce corps qu’on doit apporter incontinent, et à le faire mettre dans la cave, car je ne commencerai que demain à travailler. Cependant je m’en vais voir trois ou quatre malades, dont je n’espère pas grand chose.

Il va pour sortir.

DORINE.

Je ferai tout ce que vous me dites.

MIROBOLAN, revenant.

Si Dorine voulait faire tout ce que je lui dirais, elle aurait un peu de tendresse pour moi ; et certainement elle n’en serait point fâchée.

DORINE.

Devriez-vous avoir de telles pensées, ayant une femme aussi bien faite que vous en avez une ? Il me semble que cela n’est pas raisonnable, et que vous devez vous en contenter.

MIROBOLAN.

C’est une étrange chose que d’être obligé de ne manger que d’un pain ; l’on s’en ennuie, à la fin.

DORINE.

Si Madame votre femme en voulait faire de même, qu’en diriez-vous ?

MIROBOLAN.

Oh ! ce n’est pas la même chose. La gloire d’un homme est de cajoler plusieurs femmes ; mais la vertu d’une femme est de n’écouter que son mari.

DORINE.

Je ne crois pas que là-dessus les hommes aient plus de privilège que les femmes, et qu’il leur soit permis de faire ce qu’elles n’oseraient entreprendre.

MIROBOLAN.

La loi a voulu que cela fût ainsi.

DORINE.

Il fallait que cela fut tout au contraire. Ceux qui ont établi cette loi étaient des ignorants ; car il y a des ignorants en Loix aussi bien qu’en Médecine. Mais je vois bien que vous m’en donnez à garder ; je suis sûre que vous auriez de la peine à me montrer cette loi. Allez voir vos malades, et me laissez en repos.

MIROBOLAN.

Sans adieu, Dorine.

Il sort.

DORINE.

Sans adieu, Monsieur.

 

 

Scène III

 

DORINE, seule

 

Voyez un peu le gaillard ! il n’y aurait qu’à le laisser faire, il ferait les plus belles choses du monde. C’est une étrange chose, que ces chiens d’hommes ne sauraient se contenter de leurs femmes ; il leur faut de la nouveauté. Si je suis jamais mariée, et que mon mari me fasse de tels tours, à bon chat bon rat, nous verrons...

 

 

Scène IV

 

CRISPIN, DORINE

 

DORINE.

Ah ! Crispin, que veux-tu ?

CRISPIN.

Comme je rodais autour d’ici, pour voir si je pourrais te donner cette lettre, j’ai vu sortir Monsieur Mirobolan, et en même temps je suis entré, comme tu vois.

DORINE.

Ferme cette porte ; afin que nous parlions en sureté ; je vais fermer celle-ci.

Elle va fermer une porte. Crispin ferme l’autre porte.

Hé bien ! qui envoie cette lettre ?

CRISPIN.

Mon Maître, qui se désespère de ce qu’Alcine lui a dit tantôt, touchant le mariage de son père et d’elle.

DORINE.

Il faut empêcher que cela ne se fasse.

CRISPIN.

Diantre ! tu y perdrais plus que personne : tu n’aurais pas l’avantage de m’avoir pour mari, moi qui t’aime plus que cinquante.

DORINE.

Tu crois donc que ce soit un grand avantage ?

CRISPIN.

Assurément. Mais ne parlons point là dessus davantage ; Monsieur vaut bien Madame, et Madame vaut bien Monsieur. Dis-moi, d’où vient que tu étais ici avec Monsieur Mirobolan ?

DORINE.

C’est qu’il doit faire demain la dissection d’un pendu ; et comme il a choisi ce lieu pour ce sujet, il m’ordonnait de le faire ajuster au plutôt. Maintenant, il faut que ton Maître prenne d’autres mesures pour parler à notre fille ; car cet endroit étant occupé, ils n’auront plus la liberté de s’entretenir si facilement qu’ils l’avaient. Donne-moi cette lettre, je vais faire en sorte de la donner, et d’en avoir réponse.

CRISPIN.

Tiens ; va vite.

 

 

Scène V

 

MIROBOLAN, dehors, DORINE, CRISPIN

 

MIROBOLAN, frappant à la porte de la rue.

Holà ! holà ! Dorine ! qu’on m’ouvre promptement.

 

 

Scène VI

 

DORINE, CRISPIN

 

DORINE.

Mon Dieu ! que ferai-je ? c’est notre Maître.

CRISPIN.

Ah, j’erni ! je voudrais être bien loin.

 

 

Scène VII

 

FÉLIANTE, dehors, DORINE, CRISPIN

 

FÉLIANTE, frappant à une autre porte.

Oh ! Dorine ! ouvre-moi.

 

 

Scène VIII

 

DORINE, CRISPIN

 

DORINE.

Ah ! voilà bien encore pis ! c’est notre Maîtresse.

CRISPIN.

Hé ! c’est le diable !

DORINE.

Sans elle, je t’allais mettre dans la cave.

 

 

Scène IX

 

MIROBOLAN, dehors, DORINE, CRISPIN

 

MIROBOLAN, refrappant.

Qu’on m’ouvre donc ! Dorine !

 

 

Scène X

 

DORINE, CRISPIN

 

DORINE.

Je suis perdue.

CRISPIN.

C’est fait de moi.

DORINE.

Crispin, mets-toi tout étendu sur cette table ; j’e dirai que tu es ce pendu qu’on vient d’apporter.

CRISPIN.

Mais...

DORINE.

Mais ne raisonne point, fais ce que je te dis.

Crispin se met sur la table. Dorine ouvre à Mirobolan.

 

 

Scène XI

 

MIROBOLAN, DORINE, CRISPIN, sur la table

 

 

MIROBOLAN, passant vite.

Tu me fais bien attendre. J’ai oublié quelque chose là-haut, qu’il faut que j’aille chercher promptement.

Il entre dans une porte proche de celle esty Féliante. 

 

 

Scène XII

 

DORINE, CRISPIN, sur la table

 

Dorine ouvre  à Féliante. 

 

 

Scène XIII

 

FÉLIANTE, DORINE, CRISPIN, sur la table

 

FÉLIANTE, entrant, à Dorine.

D’où vient que tu te fais tant appeler ?

DORINE.

J’étais occupé à recevoir ce corps ; et je ne vous ai entendue que cette fois.

 

 

Scène XIV

 

MIROBOLAN, FÉLIANTE, DORINE, CRISPIN, sur la table

 

MIROBOLAN, repassant.

Ma femme, que faites-vous ici ?

FÉLIANTE.

Je viens voir si Dorine a ajusté ce lieu comme il faut.

MIROBOLAN, s’en allant.

Voyez, voyez.

 

 

Scène XV

 

FÉLIANTE, DORINE, CRISPIN, sur la table

 

FÉLIANTE.

Dorine, prend le soin de bien accommoder tout ceci : pour moi je m’en vais au plutôt ; car je n’aime point à voir de tels objets ; cela cause toujours des pensées funestes.

Elle sort.

DORINE.

Allez, allez, Madame ; je ferai tout ce qui fera nécessaire.

 

 

Scène XVI

 

CRISPIN, DORINE

 

DORINE, après avoir fermé la porte.

Hé bien ! Crispin, mon invention n’a-t-elle pas réussi ?

CRISPIN.

Fort bien : et nous en sommes quittes à fort bon marché. Mais je sors au plutôt, pour éviter un nouvel embarras. Peut-être que, si je demeurais davantage...

 

 

Scène XVII

 

DORINE, CRISPIN, MIROBOLAN, dehors

 

MIROBOLAN,  refrappant à la porte de la rue.

Dorine ! Dorine ! ouvre, ouvre-moi.

 

 

Scène XVIII

 

DORINE, CRISPIN

 

DORINE.

Ah ! remets-toi promptement en la même posture ; c’est encore notre Monsieur.

CRISPIN, se remettant sur la table.

Le diable l’emporte !

Dorine ouvre la porte.

 

 

Scène XIX

 

MIROBOLAN, DORINE, CRISPIN, sur la table

 

MIROBOLAN, entrant.

Je pense que je suis aujourd’hui imbriaque ; j’oublie la moitié des choses dont j’ai besoin : certaines pilules que j’ai promises...

Apercevant Crispin sur la table.

Mais que vois-je là, Dorine ?

DORINE.

C’est ce corps qu’on vient d’apporter : il était déjà ici quand vous êtes venu.

MIROBOLAN.

Fort bien ; mais d’où vient qu’il a encore ses habits ?

DORINE.

Ils ont dit qu’on aurait le soin de les rendre.

MIROBOLAN, tâtant Crispin.

On n’y manquera pas. Je suis d’avis, tandis qu’il est encore tout chaud, d’en commencer la dissection. Va-t’en me quérir mes bistouris, qui sont là-haut dans mon cabinet.

DORINE.

Mais, Monsieur, vous n’avez rien de préparé, cela fera un trop grand embarras ; et, d’ailleurs vos malades attendent après vous.

MIROBOLAN.

Pour attendre deux ou trois heures, il n’y a pas grand mal.

DORINE.

Mais s’il en vient à mourir quelqu’un, cependant.

MIROBOLAN.

Ce ne sera pas ma faute ; car s’il doit mourir dans si peu de temps, ma visite ne lui servirait pas de grande chose.

DORINE.

Mais un remède, à propos...

MIROBOLAN.

Va seulement, et m’apporte un paquet de cordes, et des clous que tu trouveras tout proche les bistouris. Pendant qu’il a ce reste de chaleur, je trouverai plus facilement les veines lactées, et les réservoirs qui conduisent le chyle au cœur, pour la sanguification.

DORINE.

Mais, Monsieur, vous m’allez ôter la liberté d’approprier ce lieu, comme je le voudrais : attendez à demain, comme vous avez dit.

MIROBOLAN.

Va donc, ou j’irai moi-même.

DORINE.

J’y vais, puisque vous le voulez.

Elle sort.

 

 

Scène XX

 

MIROBOLAN, CRISPIN, sur la table

 

MIROBOLAN, regardant Crispin.

Il n’a pas mauvaise mine ; mais il a pourtant quelque chose de fâcheux dans le visage. Oui, ou toutes les règles de la Métoposcopie et de la Physionomie sont fausses, ou il devait être pendu.

Il le déboutonne. 

Ah ! quel plaisir je vais prendre à faire sur son corps une incision cruciale, et à lui ouvrir le ventre depuis le cartilage Xiphoïde, jusqu’à l’os pubis. Le cœur lui bat encore ! Ah ! s’il y avait ici de mes Confrères, particulièrement de ceux qui sont dans l’erreur, je leur ferais bien voir, par son systole et diastole, le mouvement de la circulation du sang.

 

 

Scène XXI

 

UN CHIRURGIEN, MIROBOLAN, CRISPIN, sur la table

 

LE CHIRURGIEN, entrant par la porte que Mirobolan a laissé ouverte.

Monsieur, Monsieur le Baron est fort rempiré depuis hier ; et vous devriez le venir voir au plutôt.

MIROBOLAN.

J’irai tantôt ; je n’ai pas le loisir à présent.

LE CHIRURGIEN.

Mais le mal presse, Monsieur : il serait nécessaire que vous y vinssiez maintenant.

MIROBOLAN.

Je ne puis pas ; allez, saignez-le toujours, je le verrai dans deux heures.

LE CHIRURGIEN.

Monsieur, je ne crois pas que la saignée lui soit bonne.

MIROBOLAN.

Saignez-le, vous dis-je ; je sais bien ce que je sais.

LE CHIRURGIEN.

Mais, Monsieur...

MIROBOLAN.

Mais encore une fois, saignez-le.

LE CHIRURGIEN.

Mais, Monsieur...

MIROBOLAN.

Mais je veux qu’il soit saigné. C’est bien à faire aux Chirurgiens à raisonner avec les Médecins !

LE CHIRURGIEN.

Monsieur, je ne le saignerai point ; car je suis affiné que la moindre saignée est capable de lui causer la mort.

MIROBOLAN.

Il le sera en dépit de vous, et je le ferai saigner par un autre.

LE CHIRURGIEN.

Vous ferez ce qu’il vous plaira ; pour moi, je n’en ferai rien. Adieu.

MIROBOLAN.

Adieu.

 

 

Scène XXII

 

DORINE, MIROBOLAN, CRISPIN, sur la table

 

DORINE.

Je ne saurais trouver tous vos affutiaux ; et, d’ailleurs, Madame m’a dit de vous avertir qu’on était venu vous demander avec grand empressement de chez Monsieur le Baron.

MIROBOLAN.

Il faut remettre la partie à demain. Dorine, fais porter ce corps à la cave.

DORINE, fermant la porte après lui.

Allez, je n’y manquerai pas.

 

 

Scène XXIII


DORINE, CRISPIN

 

CRISPIN, se relevant de dessus la table.

Et moi, sans m’amuser à raisonner, je sors au plus vite.

DORINE.

Où veux-tu aller ?

CRISPIN.

Comment diable ! où je veux aller ? Laisse-moi sortir. Quoi ! tu vas froidement quérir les bistouris, et tous ces brimborions pour me tailler en pièces, et tu veux que je demeure ? Tu te railles de moi.

DORINE.

Apprends que quand je suis sortie pour aller chercher ses serrements, ç’a été dans la pensée de les cacher, de sorte qu’il ne pût les trouver ; et c’est ce que je n’ai pas manqué de faire.

CRISPIN.

Oh ! c’était fort bien fait. Aussi je m’étonnais, moi qui dois être ton mari, que tu eusses le courage de me voir couper si barbarement...

DORINE.

Je n’avais garde d’y consentir. Mais attends-moi ici ; je vais tâcher de donner cette lettre, et d’en avoir la réponse.

CRISPIN.

Je ne veux point attendre en ce lieu.

DORINE.

Pourquoi ?

CRISPIN.

Le mot de bistouri me fait trembler. Je vais t’attendre dans la rue, là je ne craindrai point Messieurs les bistouris : pour moi, il me semble, par la peur que j’ai eue, que cette salle en est toute remplie.

DORINE.

Va ; mais, surtout, ne t’impatiente point.

CRISPIN.

Je ne me lasserai point d’attendre, quand je serai hors d’ici...

Il va pour sortir.

 

 

Scène XXIV

 

DORINE, CRISPIN, LISE, dehors

 

Lise, dehors, frappe à la porte de la rue. 

 

 

Scène XXV

 

DORINE, CRISPIN

 

CRISPIN.

Ah ! voici bien encore le diable ! d’abord qu’on ouvrira la porte, je m’enfuis.

DORINE.

Garde-t-en bien, tu gâterais tout. Remets-toi promptement.

CRISPIN.

Je n’en ferai rien ; quoiqu’il puisse arriver. S’il avait quelque bistouri dans sa poche...

DORINE.

Si je n’avais oublié la clef de la cave, je te mettrais dedans.

CRISPIN.

Fais ce que tu voudras ; mais je ne m’y mettrai point davantage.

DORINE.

Écoute ; je vais quérir là-haut une robe de Médecin ; tu diras qu’ayant su qu’il devait faire une dissection, tu venais pour lui rendre visite. Quant au pendu, je dirai que je l’ai fait mettre à la cave.

CRISPIN.

Va ; j’aime encore mieux faire le Médecin que le pendu. 

Dorine sort.

 

 

Scène XXVI

 

CRISPIN, LISE, dehors

 

Lise, dehors, refrappe à la porte.

 

 

Scène XXVII

 

CRISPIN, seul

 

Parbleu ! attends, si tu veux, que je fois habillé. Il faut payer d’effronterie : du moins, sous cet habit, je ne courrai point de risque d’être taillé ou d’être battu. Quand je paraîtrai ignorant, il y a bien d’autres Médecins qui le sont aussi bien que moi.

 

 

Scène XXVIII

 

DORINE, CRISPIN

 

DORINE, apportant une robe de Médecin.

Tiens ; mets promptement, que j’ouvre.

CRISPIN, ayant pris la robe.

Me voilà fort bien.

Dorine va ouvrir la porte de la rue.

 

 

Scène XXIX

 

LISE, CRISPIN, DORINE

 

LISE, entrant, à Dorine.

Monsieur le Médecin est-il ici ?

DORINE, à Lise.

Non.

LISE, montrant Crispin.

Le voilà. Pourquoi me le celer ?

DORINE.

Que lui voulez vous ?

LISE.

Lui dire seulement deux mots.

CRISPIN, à Lise, faisant le grave.

Que souhaitez-vous de moi ?

LISE, à Crispin.

Monsieur, vous saurez que ma Maîtresse a perdu un petit chien qu’elle aime éperdument, qu’elle s’en désespère, et qu’elle en met la faute sur moi. Or, comme on m’a dit que vous savez l’art de deviner, aussi bien que la Médecine...

CRISPIN.

Je suis aussi savant en l’un comme en l’autre.

LISE.

C’est ce qui me fait venir ici, pour vous prier, en payant, de m’en dire quelque nouvelle.

CRISPIN.

Combien y a-t-il qu’il est perdu ?

LISE.

Deux jours.

CRISPIN.

À quelle heure ?

LISE.

Sur les onze heures du matin.

CRISPIN.

De quel poil est-il ?

LISE.

Blanc et noir.

CRISPIN, faisant semblant de rêver.

C’est assez.

LISE, à Dorine.

Ô le brave homme ! il nous va dire des nouvelles de notre petit chien.

DORINE, à Lise.

Sans doute.

CRISPIN.

Écoutez. Il y a deux jours ?

LISE.

Oui, Monsieur.

CRISPIN.

Sur les onze heures ?

LISE.

Oui.

CRISPIN.

Blanc et noir ?

LISE.

Oui, Monsieur.

CRISPIN.

Prenez des pilules.

LISE.

Des pilules ?

CRISPIN.

Oui.

LISE.

Mais cela fera-t-il trouver le chien ?

CRISPIN.

Oui.

LISE.

Mais encore, de quelles pilules ?

CRISPIN.

Les premières venues de chez l’Apothicaire.

LISE.

Mais, Monsieur...

CRISPIN.

Mais ne faut pas tant raisonner ; faites seulement ce que je vous dis.

LISE.

Combien en faut-il prendre ?

CRISPIN.

Trois.

LISE, lui donnant un écu blanc.

C’est assez. Si je trouve mon chien par ce moyen, je vous donnerai bien des pratiques.

CRISPIN.

Si vous ne le retrouvez, ce ne sera pas la faute du remède.

LISE.

Je vous crois. Adieu, Monsieur.

CRISPIN.

Adieu.

Dorine reconduit Lise, et ferme la porte.

 

 

Scène XXX

 

DORINE, CRISPIN

 

DORINE.

Hé bien ! Crispin, tu n’as pas eu plutôt l’habit de Médecin sur le corps, que tu as reçu la pièce blanche.

CRISPIN.

Diantre ! je vois bien que c’est un bon métier. Sans savoir ce que l’on fait, on gagne de l’argent ; et si, on ne court point de risque, comme à contrefaire le pendu.

DORINE.

Je ne puis m’empêcher de rire de ton ordonnance. Des pilules, pour retrouver un chien perdu !

CRISPIN.

Que diable voulais-tu que j’ordonnasse, moi qui ne sais ni lire ni écrire, ni rien de tout ce qu’elle veut que je sache ? Les pilules se sont présentées, et j’en ai ordonné.

Ôtant la robe.

J’ôte cet habit pour aller attendre dans la rue, comme nous avons dit.

 

 

Scène XXXI

 

DORINE, CRISPIN, GRAND-SIMON, dehors

 

Grand-Simon, dehors, frappe à la porte de la rue.

 

 

Scène XXXII

 

DORINE, CRISPIN

 

DORINE.

On heurte, rajuste-toi.

CRISPIN.

Encore ! je crains bien que ce ne soit ton Maître.

DORINE, allant ouvrir.

Qu’importe ? Il faut s’en tirer.

 

 

Scène XXXIII

 

GRAND-SIMON, DORINE, CRISPIN

 

GRAND-SIMON, à Dorine.

Monsieur Mirobolan est-il ici ?

DORINE, à Grand-Simon.

Pourquoi ?

GRAND-SIMON.

Je voudrais lui parler.

DORINE.

De quelle part ?

GRAND-SIMON.

De la mienne.

DORINE.

Qui êtes-vous ?

GRAND-SIMON.

Je suis un homme que vous ne connaissez pas.

DORINE.

Je le fais. Monsieur Mirobolan vous connaît-il ?

GRAND-SIMON.

Non ; ni moi lui.

DORINE, montrant Crispin.

Le voilà ; mais il faut lui demander s’il a le temps de vous parler.

CRISPIN, à Dorine, faisant le grave.

Que veut-on ?

DORINE, à Crispin.

C’est Monsieur qui voudrait vous parler.

CRISPIN.

Qu’il approche, et qu’il fasse promptement.

GRAND-SIMON, à Crispin, après quelques révérences.

Monsieur, des gens m’ont dit que vous étiez fort savant en Médecine, et surtout en l’art de Divination : or vous saurez que, sur ce qu’ils m’en ont dit, je me suis résolu de vous venir consulter touchant une petite affaire.

CRISPIN, à Grand-Simon.

Dites en peu de paroles.

GRAND-SIMON.

Monsieur, vous saurez que je m’appelle Grand-Simon ; que je suis d’une demi-lieue d’ici : que je vous paierai bien.

CRISPIN.

On ne peut mieux parler.

GRAND-SIMON.

Vous saurez donc que j’aime une fille dans notre village : or, comme il y a un certain drôle qui va quelquefois chez elle, je voudrais bien savoir de vous si elle m’aime comme elle dit, et si je l’épouserai ; car, à vous dire la vérité, je m’en défie.

CRISPIN.

Comment est-elle faite ?

GRAND-SIMON.

Elle est grande, brune, et camuse.

CRISPIN.

Grande, brune, et camuse ?

GRAND-SIMON.

Oui, Monsieur.

CRISPIN.

Prenez des pilules.

GRAND-SIMON.

Des pilules ?

CRISPIN.

Oui.

GRAND-SIMON.

Des pilules !

CRISPIN.

Oui, des pilules, qu’on prend communément chez l’Apothicaire : il en faut prendre au nombre de dix, à cause de votre taille. 

GRAND-SIMON.

Mais il me semble que les pilules ne font bonnes que pour purger les gens, et non pas pour...

CRISPIN.

Allez, faites ce que je vous dis, puis je ferai le reste : c’est une science qui vous est inconnue. Si vous étiez savant, et que vous sussiez le latin, je vous ferais voir des choses...

GRAND-SIMON.

Monsieur, je sais le latin, car je suis le Magister de notre village.

CRISPIN.

Vous savez le latin ?

GRAND-SIMON.

Oui, Monsieur.

CRISPIN.

Hé bien ! tant mieux pour vous. Encore un coup ; faites ce que je vous dis, et adieu ; j’ai affaire ailleurs.

GRAND-SIMON.

Avant que de m’en aller il faut vous satisfaire.

CRISPIN.

C’est fort bien aviser.

GRAND-SIMON, fouillant dans sa poche.

Des pilules !

CRISPIN, tendant la main.

Oui, des pilules ; oui, des pilules ; vite, vite,  et adieu.

GRAND-SIMON.

Voilà un écu d’or. Si la chose réussit...

CRISPIN.

Je vous entends, c’est assez.

GRAND-SIMON, à part.

Ces hommes savants ont toujours je ne sais quoi de brusque. Adieu, Monsieur.

Il sort.

CRISPIN.

Serviteur.

Dorine reconduit Grand-Simon, et ferme la porte.

 

 

Scène XXXIV

 

DORINE, CRISPIN

 

DORINE.

Un écu d’or et un écu blanc, en si peu de temps ? Moi qui t’ai fait Médecin, tu devrais m’en donner la moitié.

CRISPIN.

Dorine, laisse-moi faire ; nous en mangerons de bons gobets ensemble : pour à présent...

 

 

Scène XXXV

 

DORINE, CRISPIN, MIROBOLAN, dehors

 

Mirobolan, dehors, frappe à la porte de la rue.

 

 

Scène XXXVI

 

DORINE, CRISPIN

 

DORINE.

On heurte ; voici encore quelque pratique.

CRISPIN.

Parbleu ! je commence à m’en lasser.

Dorine va ouvrir la porte.

 

 

Scène XXXVII

 

MIROBOLAN,DORINE, CRISPIN

 

CRISPIN, apercevant Mirobolan.

Ah ! voici bien le diable !

MIROBOLAN, à Dorine.

Dorine, as-tu songé... ?

DORINE.

Monsieur, je viens de faire porter ce corps à la cave ;

Montrant Crispin.

et voilà un de vos confrères qui, ayant appris que vous devez faire une dissection, est venu pour vous voir.

MIROBOLAN, à Crispin, après plusieurs révérences.

Monsieur, quoique je n’aie pas l’honneur de vous connaître, vous y ferez toujours le bien reçu ; mais ce ne sera que demain que je commencerai à travailler. Si vous voulez me faire la grâce de vous trouver à l’ouverture, vous entendrez un petit discours, qui, je crois, ne sera pas fort commun.

CRISPIN.

Ah ! Monsieur, je n’ai garde d’y manquer. La réputation de Monsieur Mirobolan est une réputation qui... dans les choses... fait enfin... que... je n’y manquerai pas.

DORINE.

Monsieur, si vous voulez que j’accommode cette salle, il me faut laisser en liberté.

MIROBOLAN, à Dorine.

Tout à l’heure. 

À Crispin.

Monsieur, je voudrais vous demander un petit mot d’avis touchant un malade que je traite.

CRISPIN.

Vous m’excuserez, s’il vous plaît, j’ai une affaire qui me presse beaucoup.

MIROBOLAN.

J’aurai fait en peu de paroles. Vous saurez que ce malade a eu la fièvre quarte, tierce et continue, enfin nous l’avons tiré de là ; mais il lui reste une chose qui m’inquiète grandement pour lui ; car, outre une grande infomnie qui le fatigue beaucoup, ce qu’il crache est extrêmement blanc, et c’est, à mon sens, un très mauvais signe, parce que à pituitâ alba, aqua inter cutem supervenit, nous dit Hippocrate ; c’est, comme vous savez, ce que les Grecs appellent Leucophegmatia. Si donc, selon Hippocrate, cette pituite blanche est un signe évident que l’hydropisie doit survenir, que croiriez-vous qu’il faudrait lui donner de plus souverain, pour empêcher que cet accident ne lui survînt ?

CRISPIN.

Vous n’avez pas besoin de conseil ; vous êtes un homme qui... oui... car... enfin je ne dis rien.

MIROBOLAN.

Non, parlez-moi franchement ; je serai fort aise de savoir votre sentiment là-dessus.

CRISPIN.

Je n’ai garde ; je sais trop...

MIROBOLAN.

Pour moi, j’agis sans façon ; je ne suis pas de ces Messieurs qui ne chérissent que leurs opinions, et qui, plutôt que d’en démordre, aiment mieux laisser crever un malade. Parlez, je vous écoute.

DORINE, bas à Crispin.

Dis ce que tu pourras.

À Mirobolan.

Mais, Monsieur, dépêchez-vous ; car j’ai plus d’une affaire.

MIROBOLAN.

Dorine, encore un moment.

CRISPIN.

Monsieur, dans ces fortes de maladies, je ne sais pas si... quand... là-dessus... on... la...

MIROBOLAN, à Crispin.

Hom ?

CRISPIN.

Des pilules...

MIROBOLAN.

Lui donner des pilules ! ce serait ruiner les parties qui sont déjà fort altérées par le désordre qu’ont causé ces différentes maladies.

CRISPIN.

Oh ! je ne dis pas cela ; je dis... que des pilules que j’ai prises ce matin m’obligent à vous quitter au plutôt.

MIROBOLAN.

Oh ! je ne veux pas vous contraindre. Dorine, conduisez Monsieur où il a besoin d’aller. Je suis votre serviteur.

Il sort.

 

 

Scène XXXVIII

 

CRISPIN, DORINE

 

CRISPIN, se déshabillant.

Je vais t’’attendre, sans raisonner davantage.

DORINE.

Moi, je vais faire mes diligences pour avoir la réponse, et songer en même temps à faire en sorte que lorsqu’on apportera ce pendu, nos gens n’en puissent rien savoir.

 

 

ACTE III

 

 

Scène première

 

GÉRALDE, CRISPIN

 

CRISPIN.

Hé bien ! Monsieur, que dites-vous de mes aventures ?

GÉRALDE.

Je dis qu’elles sont particulières.

CRISPIN.

Pendu, Médecin, des cordes, des bistouris, des clous, des pilules, des... Parbleu ! en voilà très bien.

GÉRALDE.

Il est vrai qu’en voilà beaucoup ; mais il faut que tu retournes encore au logis de Monsieur Mirobolan.

CRISPIN.

Moi, Monsieur ?

GÉRALDE.

Oui, toi-même.

CRISPIN.

Parbleu ! je ne veux point aller me faire bistouriser, ou bien recevoir quelques coups de bâton : vous y pouvez aller vous-même.

GÉRALDE.

Il est vrai que je le puis ; mais je crains, en y allant, de ruiner mon amour ; car si Monsieur Mirobolan venait à me rencontrer, il ne manquerait pas d’avertir mon père des choses qui se parlent. Pour toi, tu ne hasardes rien ; il ne te connaît pas.

CRISPIN.

Je hasarde mon dos, mes bras, mes jambes, mon corps ; car, de la manière dont j’ai ouï parler Monsieur Mirobolan, de clous, de cordes, de bistouris, un Médecin n’a non plus de pitié d’un homme, qu’un Avocat d’un écu.

GÉRALDE.

Il faut pourtant, mon cher Crispin, y retourner encore une fois. Aussi, tu dois croire que quand je serai en pouvoir, je reconnaîtrai tous les bons services que tu me rends.

CRISPIN.

Oh ! je n’en doute pas. Mais, au moins, dites-moi la raison qui vous oblige à m’y renvoyer.

GÉRALDE.

Tiens, écoute la lecture du billet que tu m’as apporté.

Il lit.

« J’ai quantité de choses à vous mander ; mais je n’ai pas le temps de vous les écrire : pour avoir celui de vous faire ce mot, il a fallu se servir de plusieurs stratagèmes. En voyez tantôt Crispin ; je ferai mes efforts pour lui donner une lettre, qui vous instruira de tout. Si je puis ménager le moment de vous parler de bouche, croyez que je le ferai avec bien de la joie. Adieu : aimez-moi comme je vous aime, et soyez certain que j’aurais d’autre mari que vous.

Alcine ».

Eh bien ! tu vois, Crispin.

CRISPIN.

Oui, je vois bien qu’il y faut aller ; mais si Monsieur Mirobolan, qui m’a pris pour un pendu sous mon habit, et qui m’a envisagé sous l’habit de Médecin, vient à me reconnaître, comment me tirer de cet embarras sans être un peu étrillé ? hem ?

GÉRALDE.

Il est vrai que cela est fort embarrassant ; mais, mon cher Crispin, il faut hasarder quelque chose pour ton Maître. Cherche, invente quelque chose pour ne pas courir de risque.

CRISPIN.

Écoutez, faites-moi avoir une robe de Médecin, j’aime mieux paraître devant lui en cet état, que de faire la figure d’un pendu. Du reste, je m’en tirerai comme je pourrai : j’en suis tantôt sorti par les pilules, j’en sortirai par quelque autre remède.

GÉRALDE.

Je vais de ce pas à la friperie pour avoir ce que tu demandes : cependant va-t’en chez mon père pour recevoir l’argent qu’il t’a promis ; car, possible, en aurons-nous grand besoin.

CRISPIN.

J’y vais. Mais, Monsieur, apprenez-moi seulement en Latin : je suis Médecin.

GÉRALDE.

Volontiers. Medicus sum.

CRISPIN.

Medicus sum, Medicus sum.

GÉRALDE.

Fort bien.

CRISPIN.

Suffit, adieu. Allez-vous-en songer à l’habit ; et moi, je vais chez le bonhomme. 

Géralde sort.

 

 

Scène II

 

CRISPIN, seul

 

Medicus sum, Medicus sum. C’est une belle chose, que de savoir le Latin ! Il faut repasser souvent ces mots, de peur de les oublier : Medicum Sum. Medicus Sum.  C’est assez, allons-nous-en chez le bonhomme Lisidor.

 

 

Scène III

 

LISIDOR, CRISPIN, MARIN

 

CRISPIN.

Mais je le vois qui vient ici.

LISIDOR, à Crispin.

Que fais-tu en ce lieu ?

CRISPIN, à Lisidor.

Monsieur, ennuyé d’attendre au logis, je me promenais.

LISIDOR.

Où est ton Maître ? dis-moi.

CRISPIN.

Voilà une belle demande ! il est à Bourges. Vous plaît-il de me donner de l’argent, afin que je m’en retourne ?

LISIDOR.

Oui-dà. Dis-moi, où loge-t-il à Bourges ?

CRISPIN.

Hé ! il loge... proche les écoles.

LISIDOR.

Comment nomme-ton la rue ?

CRISPIN.

La rue ?

LISIDOR.

Oui.

CRISPIN.

On la nomme... on la nomme... Vous y avez été devant moi, vous le savez bien.

LISIDOR.

Mais encore ?

CRISPIN.

Il ne m’en souvient plus. Il y a des pendards de noms dans cette ville, qui sont si difficiles à retenir, que je ne saurais les mettre dans ma cervelle ; et puis, je ne m’en soucie guère. À quoi bon s’embrelicoquer l’esprit de ces bâtards de noms ? Quand on est logé, on est logé.

MARIN.

Il a grande raison.

CRISPIN, à Marin.

Morbleu ! tais-toi ; ou bien... vois-tu !... jernie ! Enfin...

LISIDOR.

Patience...

CRISPIN, à Lisidor.

C’est que je ne veux pas qu’il se mêle de ce qu’il n’a que faire.

LISIDOR, à  Marin.

Tais-toi.

À Crispin.

Que fait ton Maître ordinairement ?

CRISPIN.

Il étudie ; puis il a souvent à dîner et à souper des gens avec qui il parle Latin comme tous les diables. Ce que j’y trouve de plaisant, c’est qu’ils se querellent, comme s’ils voulaient s’étrangler le blanc des yeux ; après ils s’apaisent en buvant chacun cinq ou six coups.

LISIDOR.

Cela n’est pas mal ; mais cependant trois ou quatre personnes m’ont dit qu’il était en cette ville, et qu’on l’y avait vu.

CRISPIN.

Celui qui l’a dit, en a menti ; et je le soutiendrai devant toute la France.

LISIDOR.

Confesse la vérité, je n’en parlerai point. Il est ici ?

CRISPIN.

Je ne le confesserai point, car cela n’est pas vrai.

LISIDOR.

Oh ! je sais bien que si, moi ; et si tu déguises davantage...

CRISPIN.

Vous voulez donc me faire dire une chose qui n’est pas ?

LISIDOR.

J’ai donc menti ?

CRISPIN.

Vous avez tout ce qu’il vous plaira ; mais cela n’est pas, cela n’est pas.

MARIN, à Lisidor.

Monsieur, quittez-là cet impertinent ; il vous mettrait en colère, sans raison.

CRISPIN.

Impertinent ! morbleu ! tu as menti : il faut t’en faire tâter tout du long et tout du large.

Il s’élance sur Marin.

MARIN.

Viens, viens, que je t’ajuste de toutes pièces.

Crispin et Marin se battent.

LISIDOR, les séparant avec son bâton.

Coquins ! si vous ne vous arrêtez, je vous donnerai cent coups. Ah, morbleu ! c’en est trop. Crispin, puisque ton Maître n’est pas à Paris, je te commande de l’aller au plutôt retrouver à Bourges, et de lui dire que quand il m’aura fait savoir son adresse, je lui ferai tenir de l’argent par un Banquier de cette ville.

CRISPIN.

Mais, Monsieur...

LISIDOR.

Point de réponse davantage ; n’approche pas seulement de mon logis, si tu ne veux avoir cent coups de bâton.

CRISPIN.

Si vous me battez, je sais bien ce que je ferai.

LISIDOR.

Que feras-tu ?

CRISPIN, montrant Marin.

Je le frotterai comme un diable.

LISIDOR.

Pourquoi le frotteras-tu ?

CRISPIN.

Hé ! pourquoi me battrez-vous ?

LISIDOR.

Parce que tu es un fripon.

CRISPIN.

Et parce qu’il cft un Factotum, et qu’il veut me faire battre.

LISIDOR, levant son bâton.

Je te donnerai...

CRISPIN.

Donnez pour voir ; vous verrez si je ne lui rendrai pas !

LISIDOR.

Ah, morbleu ! je n’en puis plus souffrir.

Lisidor voulant frapper Crispin de son bâton, Crispin baisse la tête ; ce qui fait que Lisidor tombe. Crispin va donner un coup de poing à Marin, qui tombe de l’autre côté ; ensuite Crispin s’enfuit.

 

 

Scène IV

 

LISIDOR, MARIN

 

MARIN.

Ah, le traître ! Je crois qu’il m’a estropié de ce coup.

LISIDOR.

Marin, viens m’aider à me relever.

MARIN, se relevant.

Hé ! Monsieur, j’aurais besoin qu’on me relevât moi-même.

Il va aider Lisidor à se relever.

LISIDOR, se relevant.

Le coquin ! il le payera.

MARIN.

Si jamais je l’attrape, il s’en repentira.

LISIDOR.

Je me suis blessé l’épaule, en tombant.

MARIN.

Et moi, je crois que j’ai la mandibule démise.

LISIDOR.

Il t’a donné un furieux coup !

MARIN.

De toute sa force.

LISIDOR.

Patience.

MARIN.

Il faut bien la prendre, malgré moi.

LISIDOR.

Va voir si Monsieur Mirobolan est au logis.

MARIN.

Quoi, Monsieur ! vous voulez encore lui parler de votre mariage, après que sa femme vous a dit, à votre nez, qu’il n’en sera jamais rien ?

LISIDOR.

Il n’importe ; je veux faire encore une tentative.

MARIN.

Fort bien ! C’est-à-dire que vous voulez vous faire refuser encore une fois, et que vous prenez plaisir d’entendre chanter vos louanges à contre-poil.

LISIDOR.

Je t’avoue ingénument que je m’attends à ce refus, et que même j’en suis en quelque façon consolé ; mais je veux avoir la joie de dire le fait à Monsieur Mirobolan ; et de lui faire savoir qu’il ne passera jamais dans mon esprit que pour un homme qui se laisse mener par le nez, comme un fat.

MARIN.

Mais de quoi cela vous peut-il servir ?

LISIDOR.

Fais seulement ce que je te dis : vois s’il est au logis.

MARIN, frappant à la porte de Mirobolan.

Holà !

 

 

Scène V

 

DORINE, LISIDOR, MARIN

 

DORINE, ouvrant à Marin.

Qui est-ce ?

MARIN, à Dorine.

Monsieur Mirobolan est-il ici ?

DORINE.

Non : qui le demande ?

LISIDOR, à Dorine.

C’est moi, ma chère.

DORINE, à Lisidor.

Il n’y est pas. Voulez-vous parler à Madame ? elle est là-haut qui dort, je l’irai éveiller.

LISIDOR.

Il la faut laisser reposer. Ma chère enfant, si tu pouvais par tes soins la faire consentir à me donner Alcine en mariage, je ferais...

DORINE.

Vous donner Alcine en mariage ! Que diantre en feriez-vous, à l’âge où vous êtes ?

LISIDOR.

Hé ! j’en ferais...

DORINE.

Ma foi, vous n’en feriez toujours rien qui vaille. Mais n’avez-vous autre chose à me dire ? Je rentre.

LISIDOR.

Ma chère, dis à Monsieur Mirobolan que son ami Lisidor était venu pour le voir, et que je le prie de penser à ce qu’il m’a promis. Adieu, ma bonne enfant.

Il sort.

DORINE.

Adieu, Monsieur ; je n’y manquerai pas.

 

 

Scène VI

 

DORINE, seule

 

Ce bonhomme est-il fou, de prétendre épouser une fille de dix-huit ans ? Il faut avouer que, quand la vieillesse se met l’amour en tête, elle fait cent fois plus d’extravagances que la jeunesse.

 

 

Scène VII

 

CRISPIN, en habit de Médecin, DORINE

 

CRISPIN, à la cantonade.

Chez moi, chez moi, vous dis-je ; là, je vous répondrai de bonne forte.

DORINE.

Qu’as-tu, Crispin ? et d’où vient que tu es habillé de cette manière ?

CRISPIN.

Deux visages que j’ai rencontrés qui m’ont dit qu’ils étudiaient en Médecine, et qui m’ont demandé mon sentiment sur la trans... la... la... la... la Transconfusion du sang. Ils m’ont quasi fait devenir sourd, à force de me parler.

DORINE.

Que t’ont-ils dit ?

CRISPIN.

Que diable fais-je, moi ? une bête sur une autre... L’artère... le sang littéral... artérial... Un tuyau par où entre le sang... une bête morte, l’autre qui ne vaut guère mieux... Le mauvais sang répandu... le bon dans les veines de l’autre bête... Enfin, le diable les emporte avec tout leur raisonnement.

DORINE.

Tu devais leur ordonner des pilules.

CRISPIN.

J’aurais voulu, de tout mon cœur, qu’ils en eussent eu chacun cinquante dans le ventre.

DORINE, riant.

Mais pourquoi as-tu cet habit ?

CRISPIN.

Je l’ai pris ; pour avoir plus de facilité d’entrer chez vous, et pour...

 

 

Scène VIII

 

LISIDOR, MARIN, CRISPIN, DORINE

 

LISIDOR.

Ma chère Dorine, j’avais oublié de te donner cette bague ; mais je veux recouvrer...

CRISPIN, se tournant de l’autre côté.

Ah !...

MARIN, à part, à Lisidor.

Monsieur, si je ne me trompe, voilà Crispin habillé en robe longue.

LISIDOR, à Crispin.

Que fais-tu ici avec cet habit ?

CRISPIN, à Lisidor, faisant le grave.

Que souhaitez-vous de moi ? Avez-vous quelque maladie secrète ? Dites ; en l’absence de Monsieur Mirobolan, je pourrais vous donner quelques bons avis.

LISIDOR.

Non, coquin, nous n’avons point de maladie.

CRISPIN.

Coquin !

LISIDOR.

Oui, coquin.

CRISPIN.

Non sum coquinus : Medicus sum, Medicus sum.

LISIDOR.

Toi Médecin ?

CRISPIN.

Oui, Médecin ; et vous êtes un impertinent. Araca, lostovi, baritonavaï, forlutum, transconfusiona... Si vous étiez raisonnable, je vous parlerais de la Transconfusion ; mais je vois bien que vous en tenez. Allez, prenez des pilules.

LISIDOR.

Si je prends un bâton, je t’en donnerai cent coups.

CRISPIN.

Ce sera contre mon ordonnance.

DORINE, à Crispin.

Monsieur, entrez au logis pour y attendre notre Maître, et laissez là ces extravagants.

CRISPIN, rentrant avec Dorine.

Il est vrai que je ferai mieux.

 

 

Scène IX

 

LISIDOR, MARIN

 

MARIN.

Monsieur, je doute que ce soit Crispin ; car il parle Latin.

LISIDOR.

C’est assurément lui-même. Je me doute de quelque fourberie ; et je veux entrer là-dedans, pour en être éclairci.

Il frappe à la porte de Mirobolan.

 

 

Scène X

 

DORINE, LISIDOR, MARIN

 

DORINE, ouvrant, à Lisidor.

Que demandez-vous, Monsieur ? Est-ce que vous voulez quereller encore cet honnête homme qui est chez nous ?

LISIDOR.

C’est un fripon de valet...

DORINE.

Cela n’est pas vrai ; c’est un des confrères de notre Maître, et vous avez mauvaise grâce de parler de la sorte. Je m’en plaindrai tantôt à...

 

 

Scène XI

 

MIROBOLAN, LISIDOR, DORINE, MARIN

 

MIROBOLAN, à la cantonade.

Je vous soutiens que cela n’est pas possible, et que cette opinion est extravagante.

LISIDOR, à Mirobolan.

Moniteur...

MIROBOLAN, de même.

Il faut penser bien creux, pour imaginer une chose si éloignée du bon sens.

LISIDOR.

Monsieur, je veux...

MIROBOLAN, de même.

Il faut, sans doute, que cette vision vienne d’un homme qui avait la fièvre chaude.

DORINE, à Mirobolan.

Qu’avez-vous, Monsieur ? et qui vous oblige à vous emporter de la sorte ?

MIROBOLAN, à Dorine.

Des gens qui me soutenaient opiniâtrement la transfusion. 

DORINE.

Ils font fous...

MIROBOLAN.

Sans doute.

LISIDOR.

Ils n’ont pas raison ; car elle a été condamnée publiquement. Vous saurez...

 

 

Scène XII

 

LISE, MIROBOLAN, DORINE, LISIDOR, MARIN

 

LISE, à Dorine.

Monsieur Mirobolan est-il ici ?

DORINE, à Lise.

Le voilà.

À part.

Elle vient fore à propos.

MIROBOLAN.

Que me voulez-vous ?

LISE, à Mirobolan.

Je voudrais que vous fussiez pendu. M’avoir ordonné des pilules, qui m’ont pensé faire mourir !

MIROBOLAN.

Moi ?

LISE.

Oui, vous. Voilà comme vous faites, bons affronteurs : vous ordonnez souvent les choses à tort et à travers. Allons, prends, et rencontre si tu peux, Des pilules, pour retrouver un chien perdu !

MIROBOLAN.

Vous vous méprenez ; je ne vous ai jamais vue.

LISE.

Jamais ! ne vous ai-je pas, tantôt, donné un écu blanc ?

MIROBOLAN.

Vous êtes folle.

LISE.

Tu en as menti, et...

 

 

Scène XIII

 

GRAND-SIMON, LISE, MIROBOLAN, LISIDOR, DORINE, MARIN

 

GRAND-SIMON.

Ah ! si je rencontre ce Monsieur Mirobolan, je m’en vais lui chanter diablement sa gamme.

LISE, à Grand-Simon.

Tenez, le voilà.

GRAND-SIMON, à Mirobolan.

Parbleu ! Monsieur, il faut que vous soyez un grand ignorant, d’ordonner des pilules pour savoir si l’on est aimé d’une fille ! Et moi bien fou de les avoir prises ! Elles m’ont quasi envoyé en l’autre monde, et je n’en suis pas encore remis.

MIROBOLAN.

Vous êtes fou, de me parler de la sorte : je ne vous connais point.

GRAND-SIMON.

Ne vous ai je pas tantôt donné un écu d’or ?

LISE.

Il vous va tout nier, comme il m’a fait.

MIROBOLAN.

Il faut vous mettre tous deux aux petites-Maisons, car vous êtes des fous.

GRAND-SIMON.

Morbleu ! tu en as menti, je ne suis point fou. Trêve à de tels discours ; car je pourrais bien te donner de ma bâton sur les oreilles.

LISE, à Mirobolan.

Et moi, t’arracher la barbe.

MIROBOLAN.

Ah ! c’en est trop endurer. Dorine, qu’on aille quérir un Commissaire.

GRAND-SIMON.

Qu’elle aille, qu’elle aille ; je l’attends.

LISE.

Et moi aussi.

GRAND-SIMON.

Vous verrez que ces Messieurs tueront les gens, et qu’ils auront encore raison ! Parbleu ! je veux ravoir mon écu d’or.

LISE.

Et moi, mon écu blanc, ou je ferai grand bruit.

DORINE, à Grand-Simon et à Lise.

Ma foi, si vous ne tirez pays, j’irai chercher le Commissaire.

GRAND-SIMON.

C’est ce que je demande.

LISE.

Et c’est ce que j’attends.

 

 

Scène XIV

 

FÉLIANTE, CRISPIN, LISIDOR, MIROBOLAN, DORINE, MARIN, GRAND-SIMON, LISE

 

CRISPIN, à Féliante.

Mais, Madame...

FÉLIANTE.

Mais, Monsieur, encore une fois, je ne veux pas que ma fille parle aux gens tête-à-tête. Si vous avez envie de voir mon mari, vous pouvez prendre le temps qu’il soit au logis.

CRISPIN.

Madame, vous pouvez croire que...

FÉLIANTE.

Je sais ce qu’il faut que je croie ; mais, encore un coup, vous n’avez que faire chez moi quand mon mari n’y sera pas.

LISE, à Grand-Simon.

Il me semble que ce visage ressemble bien à celui qui m’a ordonné des pilules.

GRAND-SIMON.

Parbleu ! c’est le Médecin qui m’a pensé faire crever.

À Crispin.

Ah ! trompeur, tu me rendras mon argent.

LISE, à Crispin.

Tu me rendras aussi le mien.

LISIDOR, prenant Crispin au collet.

Ah, coquin ! je te tiens à présent.

CRISPIN.

Non sum coquinus, Medicus cum.

MIROBOLAN.

Messieurs, il ne faut pas maltraiter un de mes Confrères de la sorte : on doit lui laisser conter ses raisons.

LISIDOR.

C’est le valet de mon fils.

LISE.

C’est le Médecin qui nous a ordonné des pilules.

GRAND-SIMON.

Et qui m’ont donné bien de la peine.

LISIDOR.

Coquin, réponds donc à toutes ces choses.

CRISPIN, à Lisidor.

Monsieur, il ne vous faut plus rien déguiser. Votre fils n’a point sorti de Paris, à cause de l’amour qu’il a pour la fille de Monsieur Mirobolan : elle l’aime passionnément ; enfin ils s’aiment tous deux, et m’ont fait jouer plusieurs personnages pour les servir dans leurs amours.

FÉLIANTE.

Ma fille aime ton Maître ?

CRISPIN.

Oui, Madame, et fortement.

FÉLIANTE.

Encore pour le fils, c’est quelque chose ; mais, pour le père, il ne doit jamais espérer d’épouser ma fille.

GRAND-SIMON.

Mais qui t’obligeait à nous faire prendre des pilules ? Cela pouvait-il servir de quelque chose pour les amours de ton Maître ?

CRISPIN.

Ce font des choses dont je vous éclaircirai dans un autre temps.

MIROBOLAN, à Grand-Simon et à Lise.

Vous voyez bien que vous me blâmiez sans raison ; mais faites-moi la grâce de revenir une autre fois ; je vous promets de vous contenter d’une façon ou d’autre.

LISE, à Mirobolan.

J’y consens ; mais n’y manquez donc pas.

GRAND-SIMON.

J’y consens aussi ; mais, au moins, plus de pilules.

MIROBOLAN.

Non ; adieu.

Grand-Simon et Lise sortent.

 

 

Scène XV

 

FÉLIANTE, CRISPIN, LISIDOR, MIROBOLAN, DORINE, MARIN

 

LISIDOR, à Crispin.

Ton Maître, dis-tu, aime passionnément la fille de Monsieur Mirobolant ?

CRISPIN.

Oui, Monsieur, et cent fois, plus que je ne vous dis.

LISIDOR.

Eh bien ! si la chose est ainsi, je vois bien que c’est une nécessité de consentir qu’il l’épouse, pourvu que le père et la mère y consentent.

MIROBOLAN.

Pour moi, je le veux de tout mon cœur, pourvu que ma femme le veuille.

FÉLIANTE.

Je ne sais pas bien si je dois le vouloir.

MIROBOLAN.

Hé, ma femme !...

FÉLIANTE.

Puisque vous m’en priez, j’en demeure d’accord.

LISIDOR.

Où est-il, ton Maître ?

CRISPIN.

Le voilà qui vient tout à propos.

 

 

Scène XVI

 

GÉRALDE, MIROBOLAN, FÉLIANTE, LISIDOR, DORINE, CRISPIN, MARIN

 

LISIDOR, à Géralde.

Venez, Monsieur de Bourges.

GÉRALDE, se jetant aux genoux de son père.

Ah, mon père ! je vous demande pardon.

MIROBOLAN.

Hé, mon Dieu ! laissons tous ces beaux discours : entrons au logis, et là nous discuterons toutes les choses.

FÉLIANTE.

C’est fort bien avisé ; allons, rentrons. 

MIROBOLAN.

Allons, Monsieur Lisidor, l’honneur vous appartient.

LISIDOR.

Puisqu’il vous plaît, entrons.

 

 

Scène XVII

 

MARIN, CRISPIN

 

CRISPIN.

Marin ?

MARIN.

Que veux-tu ?

CRISPIN.

« Puisqu’en tout, aujourd’hui, j’ai si bien réussi,

«  Je vais, je vais, morbleu ! je vais entrer aussi. »

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