Tanis et Zélide (VOLTAIRE)

Tragédie en cinq actes, pour être mise en musique.

1735.

 

Personnages

 

ZÉLIDE, fille d’un roi de Memphis

TANIS, berger

CLÉOFIS, berger

PANOPE, confidente de Zélide

OTOÈS, chef des mages de Memphis

PHANOR, guerrier de Memphis

MAGES

ISIS

OSIRIS

BERGERS,

BERGÈRES

PEUPLE

CHŒURS

 

 

ACTE I

 

 

Scène première

 

ZÉLIDE, PANOPE

 

ZÉLIDE.

Dieux bienfaisants qu’en ce bois on adore,

Protégez-moi toujours contre mes oppresseurs !

Les mages de Memphis me poursuivent encore ;

Et de simples bergers sont mes seuls défenseurs.

C’est ici que Tanis a repoussé la rage

De nos implacables vainqueurs.

Je n’ai d’autres plaisirs dans mes cruels malheurs

Que de parler de son courage.

PANOPE.

Oubliez-vous Phanor ?

ZÉLIDE.

À mon père attaché,

Il a suivi mon sort ; je connais sa vaillance.

PANOPE.

Ah ! que vous le voyez avec indifférence !

ZÉLIDE.

Il a fait son devoir ; mon cœur en est touché.

PANOPE.

Des mages de Memphis il brava la colère.

Depuis que ces tyrans ont détrôné les rois,

Depuis qu’ils ont versé le sang de votre père,

Il s’éleva contre eux, il défendit vos droits.

Il a conduit vos pas : il vous aime ; il espère

Vous mériter par ses exploits.

ZÉLIDE.

Malgré tous ses efforts, errante, poursuivie,

Je périssais près de ces lieux :

Lui-même allait tomber sous un joug odieux.

Nous devons à Tanis la liberté, la vie.

Que Tanis est grand à mes yeux !

PANOPE.

L’estime et la reconnaissance

Sont le juste prix des bienfaits ;

Mais de simples bergers pourront-ils à jamais

Des tyrans de Memphis braver la violence ?

Votre trône est tombé ; vous n’avez plus d’amis.

Quelle est encor votre espérance ?

ZÉLIDE.

Au seul bras de Tanis je dois ma délivrance.

J’espère tout du généreux Tanis.

 

 

Scène II

 

ZÉLIDE, PANOPE, LES BERGERS, armés de lances, entrent avec les bergères, qui portent des houlettes et des instruments de musique champêtre

 

CHŒUR DES BERGERS.

Demeurez, régnez sur nos rivages ;

Connaissez la paix et les beaux jours.

La nature a mis dans nos bocages

Les vrais biens ignorés dans les cours.

UNE BERGÈRE.

Sans éclat et sans envie,

Satisfaits de notre sort,

Nous jouissons de la vie ;

Nous ne craignons point la mort.

L’innocence et le courage,

L’amitié, le tendre amour,

Sont la gloire et l’avantage

De ce fortuné séjour.

Danses.

UN BERGER.

On peut nous charmer,

Jamais nous abattre :

Nous savons combattre,

Nous savons aimer.

CHŒUR.

Demeurez, régnez sur ces rivages ;

Connaissez la paix et les beaux jours.

La nature a mis dans nos bocages

Les vrais biens ignorés dans les cours.

ZÉLIDE.

Pasteurs, heureux pasteurs, aussi doux qu’invincibles,

Vous qui bravez la mort, vous qui bravez les fers

De vos pontifes inflexibles,

Que j’aime vos riants déserts !

Que ce séjour me plaît ! que Memphis est sauvage !

Comment avez-vous pu dans ce bois enchanté,

Près des murs de Memphis, et près de l’esclavage,

Conserver votre liberté ?

Comment avez-vous pu vivre toujours sans maîtres

Dans ces paisibles lieux ?

LES BERGERS.

Nous avons conservé les mœurs de nos ancêtres ;

Nous bravons les tyrans, et nous aimons nos dieux.

ZÉLIDE.

Que de grandeur, ô ciel ! dans la simple innocence !

Respectables mortels ! ciel heureux ! jours sereins !

LES BERGERS.

C’est ainsi qu’autrefois vivaient tous les humains.

ZÉLIDE.

Mais Tanis parmi vous a-t-il quelque puissance ?

LES BERGERS.

Dans notre heureuse égalité,

Tanis a sur nos cœurs la douce autorité

Que ses vertus et sa vaillance

N’ont que trop bien mérité.

 

 

Scène III

 

ZÉLIDE, TANIS, LE CHŒUR

 

TANIS.

Est-il possible, ô dieux ! Phanor ose entreprendre

D’exposer vos beaux jours à nos fiers ennemis !

Qu’iriez-vous faire, hélas ! aux remparts de Memphis ?

Quel sort y pouvez-vous attendre ?

Nos campagnes, nos bois, et nos cœurs sont à vous,

Faudra-t-il qu’un peuple perfide,

Que des mages sanglants, une cour homicide,

L’emportent sur des biens si doux ?

ZÉLIDE.

Quoi ! Phanor après sa défaite

Aux rivages du Nil ose-t-il retourner ?

Ah ! s’il me faut quitter cette aimable retraite,

Tanis veut-il m’abandonner ?

TANIS.

Nous ne ravageons point la terre ;

Nous défendons nos champs quand ils sont menacés ;

Nous détestons l’horrible guerre :

Mais vous changez nos lois dès que vous paraissez.

Au bout de l’univers je suis prêt à vous suivre.

C’était peu de vous secourir ;

C’est pour vous qu’il est doux de vivre,

Et c’est en vous vengeant qu’il est doux de mourir.

 

 

Scène IV

 

ZÉLIDE, TANIS, PHANOR, LE CHŒUR, SUITE DE PHANOR

 

PHANOR.

L’ennemi vient à nous, et pense nous surprendre.

C’est à vous de me seconder :

Tanis, et vous, bergers, allez, allez défendre

Vos passages qu’il faut garder.

TANIS.

Nous n’avons pas besoin de votre ordre suprême ;

Vous nous avez vus dans ces lieux

Délivrer la princesse, et vous sauver vous-même ;

Et nous ne connaissons de maître que ses yeux.

PHANOR.

Je commande en son nom.

TANIS.

Que votre orgueil contemple

Et notre zèle et nos exploits ;

Cessez de nous donner des lois,

Et recevez de nous l’exemple.

PHANOR.

Tanis, en d’autres temps votre témérité

Tiendrait un différent langage.

TANIS.

En tous temps mon courage

Méprise et dompte la fierté.

ZÉLIDE.

Arrêtez : quel transport à mes yeux vous divise ?

Ma fortune vous est soumise ;

Tout est perdu pour moi si vous n’êtes unis.

TANIS.

C’est assez, pardonnez : je vole, et j’obéis.

 

 

Scène V

 

ZÉLIDE, PHANOR

 

PHANOR.

Non, je ne puis souffrir l’indigne déférence,

Dont vous l’honorez à mes yeux :

La seule égalité m’offense ;

L’injurieuse préférence

Est un affront trop odieux.

ZÉLIDE.

Il combat pour vous-même, est-ce à vous de vous plaindre ?

Vous deviez plus d’égards aux exploits de Tanis.

Il faut ménager, il faut craindre

Les grands cœurs qui nous ont servis.

PHANOR.

Poursuivez, achevez, ingrate ;

Faites tomber sur moi notre commun malheur ;

Élevez jusqu’à vous un barbare, un pasteur.

Oubliez...

ZÉLIDE.

Osez-vous...

PHANOR.

Oui, je vois qu’il s’en flatte ;

Oui, vous encouragez sa téméraire ardeur.

Votre faiblesse éclate

Dans vos yeux et dans votre cœur.

ZÉLIDE.

Pourquoi soupçonnez-vous que je puisse descendre

Jusqu’à souffrir qu’il vive sous ma loi ?

Vos soupçons menaçants suffiraient pour m’apprendre

Qu’il n’est pas indigne de moi.

PHANOR.

Ô ciel ! qu’avec raison de ce fatal rivage

Je voulais partir aujourd’hui !

Pouvez-vous à ce point outrager mon courage ?

ZÉLIDE.

Si l’égaler à vous c’est vous faire un outrage,

Surpassez son grand cœur en servant mieux que lui.

CHŒUR DES PASTEURS, derrière la scène.

Aux armes ! aux armes !

Marchons, signalons-nous.

PHANOR.

Eh bien, je vais périr pour vos perfides charmes ;

Je vais chercher la mort, et j’en chéris les coups.

Vous seule causez mes alarmes ;

Je n’ai point d’ennemis plus funestes que vous.

Il sort.

LE CHŒUR.

Aux armes ! aux armes !

Marchons, signalons-nous.

 

 

Scène VI

 

ZÉLIDE

 

Ah ! je mérite sa colère.

Je n’osais m’a vouer mes secrets sentiments ;

Je vois par ses emportements

Combien Tanis a su me plaire ;

Je sens combien je l’aime à son nouveau danger.

Je brûle de le partager.

Que de vertu ! que de vaillance !

Dieux ! pour sa récompense

Est-ce trop que mon cœur ?

Faut-il que ma gloire s’offense

D’une si juste ardeur ?

Non : pour sa récompense

Je lui dois tout mon cœur.

 

 

ACTE II

 

 

Scène première

 

LE PRÊTRE D’ISIS, TANIS, CLÉOFIS, CHŒURS DE BERGERS ET DE BERGÈRES

 

LE CHŒUR DES BERGERS.

Victoire ! victoire !

Nos cruels ennemis

Sont tombés sous les coups du généreux Tanis.

LE CHŒUR DES BERGÈRES.

Périsse leur mémoire !

Plaisirs, ne soyez plus bannis.

Ensemble.

Triomphe ! victoire !

LE PRÊTRE D’ISIS.

Tendre Isis, Osiris, premiers dieux des mortels,

Pourquoi ne régnez-vous qu’en ces heureux bocages !

Ne punirez-vous point ces implacables mages,

Ces ennemis de vos autels ?

Aux portes de Memphis nous bravons leur puissance :

Mais est-ce assez pour nous de ne pas succomber ?

Quand les verrons-nous tomber

Sous les coups de votre vengeance ?

CHŒUR DES BERGERS.

L’aimable liberté règne dans ces beaux lieux ;

Quels autres biens demandez-vous aux dieux ?

CHŒUR DES BERGÈRES.

Doux bergers, si craints dans les alarmes,

Ne soyez soumis que par nos charmes.

UNE BERGÈRE.

Que ces fleurs nouvelles

Ornent nos pasteurs :

C’est aux belles

À couronner les vainqueurs.

LE CHŒUR DES BERGÈRES.

Doux bergers, si craints dans les alarmes,

Ne soyez soumis que par nos charmes.

Danses.

UNE BERGÈRE.

De Vénus oiseaux charmants,

Vous n’êtes pas si fidèles.

Des plus tendres tourterelles

Les transports sont moins touchants.

L’aigle impétueux et rapide

Porte au haut des cieux,

D’un vol moins intrépide,

Le brillant tonnerre des dieux.

LE CHŒUR DES BERGÈRES.

Doux bergers, si craints dans les alarmes,

Ne soyez soumis que par nos charmes.

LE PRÊTRE D’ISIS.

Venez, bergers, il en est temps :

Consacrez à nos dieux les nobles monuments

De la valeur et de la gloire.

LE CHŒUR.

Triomphe ! victoire !

 

 

Scène II

 

TANIS, CLÉOFIS

 

CLÉOFIS.

Quoi ! vous ne suivez point leurs pas ?

TANIS.

Demeure, ne me quitte pas.

Tu connais ma secrète flamme :

Connais le trouble affreux qui déchire mon âme.

CLÉOFIS.

Redoutez-vous Phanor ?

TANIS.

Dans mes troubles cruels,

Tout m’alarme auprès de Zélide.

Ami, le plus fier des mortels

Devient l’amant le plus timide.

Je crains ce que j’adore, et tout me fait trembler.

Mes yeux sont éblouis ; j’hésite, je chancelle :

Mon cœur parle à ses yeux, ma voix n’ose parler.

...

Je nourris en secret le feu qui me dévore ;

Et lorsque le sommeil vient calmer ma douleur,

Les dieux la redoublent encore.

Osiris m’apparaît précédé des éclairs.

Dans le sein de la nuit profonde,

Autour de lui la foudre gronde ;

Neptune soulève son onde,

Les noirs abymes sont ouverts.

Qu’ai-je donc fait aux dieux ? quelle menace horrible !

CLÉOFIS.

Osiris vous protège, il a conduit vos pas :

C’est lui qui vous rend invincible ;

Il vous avertissait, il ne menaçait pas.

TANIS.

Osiris, tu connais comme on aime.

Isis, au céleste séjour,

La seule Isis fait ton bonheur suprême.

Dieux qui savez aimer, favorisez l’amour !

Pendant que Tanis fait cette prière aux dieux, Isis et Osiris descendent dans un nuage brillant.

 

 

Scène III

 

ISIS et OSIRIS, dans le nuage, TANIS, CLÉOFIS

 

ISIS et OSIRIS.

L’amour te conduira dans la cité barbare

Où les mages donnent la loi :

Soutiens le sort affreux que l’Amour t’y prépare,

Et vois le trépas sans effroi.

 

 

Scène IV

 

TANIS, CLÉOFIS

 

TANIS.

De quel trouble nouveau je sens mon âme atteinte !

CLÉOFIS.

De quelle horreur je suis surpris !

TANIS.

Pour braver les dangers et voir la mort sans crainte,

Mon cœur n’attendait pas l’oracle d’Osiris ;

Mais pour mes tendres feux quel funeste présage !

Quel oracle pour un amant !

Ô dieux ! dont Zélide est l’image,

Peut-on vous déplaire en l’aimant ?

 

 

Scène V

 

TANIS, ZÉLIDE

 

TANIS.

Princesse, dans mes yeux vous lisez mon offense ;

Mon crime éclate devant vous.

Je crains la céleste vengeance ;

Mais je crains plus votre courroux.

ZÉLIDE.

J’ignore à quels desseins votre cœur s’abandonne.

Je vois en vous mon défenseur.

S’il est un crime au fond de votre cœur,

Je sens que le mien vous pardonne.

TANIS.

Un berger vous adore, et vous lui pardonnez !

Ah ! je tremblais à vous le dire :

J’ai bravé les fronts couronnés,

Et leur éclat, et leur empire ;

Mon orgueil me trompait ; j’écoutai trop sa voix :

Cet orgueil s’abaisse ; il commence,

Depuis le jour que je vous vois,

À sentir qu’entre nous il est trop de distance.

ZÉLIDE.

Il n’en est point, Tanis ; et s’il en eût été,

L’amour l’aurait fait disparaître.

Ce n’est pas des grandeurs où les dieux m’ont fait naître

Que mon cœur est le plus flatté.

TANIS.

L’amant que votre cœur préfère

Devient le premier des humains ;

Vous voir, vous adorer, vous plaire,

Est le plus brillant des destins :

Mais quand vous m’êtes propice,

Le ciel paraît en courroux ;

J’aurais cru que sa justice

Pensait toujours comme vous.

ZÉLIDE.

Non, je ne puis douter que le ciel ne vous aime.

TANIS.

Je viens d’entendre ici son oracle suprême :

L’amour doit dans Memphis me punir à vos yeux.

ZÉLIDE.

Vous punir ! vous, Tanis ! quelle horrible injustice !

Ah ! que plutôt Memphis périsse !

Évitons ces murs odieux,

Évitons cette ville impie et meurtrière.

Je renonce à Memphis, je demeure en ces lieux :

Vos lois seront mes lois, vos dieux seront mes dieux ;

Tanis me tiendra lieu de la nature entière :

Je n’y vois plus rien que nous deux.

TANIS et ZÉLIDE.

Osiris que l’amour engage,

Toujours aimé d’Isis, et toujours amoureux,

Nous serons fidèles, heureux,

Dans cet obscur bocage,

Comme vous l’êtes dans les cieux.

 

 

Scène VI

 

ZÉLIDE, TANIS, PHANOR

 

PHANOR.

Zélide, inhumaine, cruelle !

...

C’est ainsi que je suis trahi !

J’avais tout fait pour vous : l’amour m’en a puni :

Sous les lois d’un pasteur un vil amour vous range !

Ah ! si vous ne craignez dans vos indignes fers

Les reproches de l’univers,

Craignez au moins que je me venge.

TANIS.

Vous venger ! et de qui ?

ZÉLIDE.

Calmez ce vain courroux :

Je ne crains l’univers ni vous.

Je dois avouer que je l’aime.

Prétendez-vous forcer un cœur

Qui ne dépend que de lui-même ?

Êtes-vous mon tyran plus que mon défenseur ?

Pardonnez à l’Amour ; il règne avec caprice ;

Il enchaîne à son choix

Les cœurs des bergers et des rois.

Un berger tel que lui n’a rien dont je rougisse.

PHANOR.

Ah ! je rougis pour vous de votre aveuglement :

Mais frémissez du tourment qui m’accable ;

Vous avez fait du plus fidèle amant

L’ennemi le plus implacable.

L’asile où l’on trahit ma foi

Ne vous défendra pas de ma rage inflexible.

Nous verrons si l’amant dont vous suivez la loi

Paraîtra toujours invincible,

Comme il le fut toujours eu combattant sous moi.

TANIS.

Vous pouvez l’éprouver, et dès ce moment même ;

Quel plus beau champ pour la valeur ?

Il est doux de combattre aux yeux de ce qu’on aime :

Ne différez pas mon bonheur.

PHANOR.

C’en est trop, et mon bras...

ZÉLIDE, l’arrêtant.

Barbare que vous êtes,

Percez plutôt ce cœur plein de trouble et d’ennui.

TANIS.

Vous daignez arrêter ses fureurs indiscrètes

Moins par crainte pour moi que par pitié pour lui.

 

 

Scène VII

 

ZÉLIDE, TANIS, PHANOR, CHŒUR DE BERGERS

 

LES BERGERS.

Suspendez, suspendez la fureur inhumaine

Qui vous trouble à nos yeux.

La Discorde et la Haine

N’habitent point ces lieux.

ZÉLIDE.

Phanor, connaissez l’injustice

D’un amour barbare et jaloux.

PHANOR.

Si vous aimez Tanis, il faut que je périsse :

Je suis moins barbare que vous.

 

 

Scène VIII

 

ZÉLIDE, TANIS, CHŒUR DE BERGERS

 

LE CHŒUR.

Ô Discorde terrible,

Fille affreuse du tendre Amour !

Respecte ce beau séjour ;

Qu’il soit à jamais paisible !

TANIS.

Laissez mon rival furieux

Exhaler en vain sa rage :

Zélide est mon partage :

J’aurai pour moi tous les dieux.

LE CHŒUR.

Ô Discorde terrible,

Fille affreuse du tendre Amour !

Respecte ce beau séjour ;

Qu’il soit à jamais paisible !

 

 

ACTE III

 

Le théâtre représente le temple d’Isis et d’Osiris. Les statues de ces dieux sont sur l’autel : elles se donnent la main pour marquer l’union de ces deux divinités.

 

 

Scène première

 

TANIS

 

Temple d’Isis où règne la nature,

Beaux lieux sans ornements, images de nos mœurs,

Vous allez couronner une ardeur aussi pure

Que nos offrandes et nos cœurs.

Ni l’amour de Phanor, ni l’éclat des grandeurs,

N’ont séduit la belle Zélide.

...

Zélide est semblable à nos dieux ;

Comme eux sa bonté préfère

Le cœur le plus sincère ;

Le reste des mortels est égal à ses yeux.

 

Moments charmants, moments délicieux,

Hâtez-vous d’embellir ce beau jour qui m’éclaire ;

Hâtez-vous de combler mes vœux.

 

Temple d’Isis où règne la nature,

Beaux lieux sans ornements, images de nos mœurs,

Vous allez couronner une ardeur aussi pure

Que nos offrandes et nos cœurs.

 

 

Scène II

 

TANIS, LE CHŒUR DES BERGERS

 

LE CHŒUR.

Jamais l’Amour n’a remporté

Une victoire plus brillante.

TANIS.

Je dois attendre ici la beauté qui m’enchante :

Que ces moments sont lents à mon cœur agité !

LE CHŒUR.

Zélide a dédaigné la grandeur éclatante :

Zélide est comme nous, elle est simple et constante ;

Et ses vertus égalent sa beauté.

GRAND CHŒUR.

Jamais l’Amour n’a remporté

Une victoire plus brillante.

UN BERGER.

Dans le prochain bocage orné par ses appas,

La pompe de l’hymen, et son bonheur s’apprête ;

Nos bergers parent sa tête

Des fleurs qui naissent sous ses pas.

Phanor avec les siens a quitté nos asiles,

La Discorde fuit pour jamais.

L’Hymen, le tendre Amour, et les Dieux, et la Paix,

Nous assurent des jours tranquilles.

Danses.

Dans ce fortuné séjour,

Les timbales et les musettes,

Les sceptres des rois, les houlettes,

Sont unis des mains, de l’Amour.

UNE BERGÈRE.

Bientôt, selon l’usage établi parmi nous,

Les pasteurs consacrés aux dieux de nos ancêtres,

Au son de leurs flûtes champêtres

Vont amener Zélide à son heureux époux.

TANIS.

Viens, vole, cher objet ; c’est l’Amour qui t’appelle.

Nos chiffres sont tracés sur déjeunes ormeaux ;

Le temps les verra croître, et les rendra plus beaux,

Sans pouvoir ajouter à mon amour fidèle.

Ces gazons sont plus verts ; une grâce nouvelle

Anime le chant des oiseaux.

Viens, vole, cher objet ; c’est l’Amour qui t’appelle.

 

 

Scène III

 

TANIS, CLÉOFIS, LES BERGERS

 

CLÉOFIS.

Ô perfidie ! o crime ! ô douleur éternelle !

TANIS et LE CHŒUR.

Ciel ! quels maux nous annoncez-vous ?

CLÉOFIS.

Des soldats de Memphis, et ton rival jaloux...

Ceux qui n’auraient osé combattre contre nous...

TANIS.

Eh bien ?

CLÉOFIS.

Ils ont trahi notre simple innocence ;

Ils t’enlèvent Zélide !

TANIS.

Ô fureur ! ô vengeance !

LE CHŒUR.

Ils l’enlèvent, ô dieux !

TANIS.

Courons, amis, punissons cet outrage.

CLÉOFIS.

Sur un vaisseau caché près du rivage

Ils ont fendilles flots impétueux.

Sur la foi des serments nous demeurions tranquilles :

C’est la première fois qu’ils ont été trahis.

Dans le sein de ces doux asiles

Elle invoquait les dieux, elle appelait Tanis :

Nous ne répondions à ses cris

Que par des sanglots inutiles.

TANIS.

Grands dieux ! voilà les maux que vous m’aviez promis !

Je les verrai ces murs malheureux et coupables,

Ces implacables dieux, ces mages inhumains,

Ces mages affreux dont les mains

Versent le sang des misérables.

Amis, c’est là qu’il faut mourir.

On ne peut vous dompter ; on ose vous trahir.

Détruisons cette ville impie.

Amis, c’est à votre valeur

De punir cette perfidie ;

Amis, c’est à votre valeur

De servir ma juste fureur.

LE CHŒUR.

Nous allons tous chercher la mort ou la vengeance,

Nous marchons sous son étendard.

CLÉOFIS.

Vengeons l’Amour, vengeons l’Innocence ;

Mais craignons d’arriver trop tard.

Il faut franchir ce mont inaccessible,

Et Memphis à nos yeux est un autre univers.

TANIS.

L’Amour ne voit rien d’impossible ;

Tous les chemins lui sont ouverts :

II traverse la terre et l’onde ;

Il pénètre au sein des enfers ;

Il franchit les bornes du inonde :

Croyez-en les transports de mon cœur outragé ;

Memphis me verra mort, ou me verra vengé.

Que vois-je ! quel heureux présage !

Nos dieux tournent sur moi les plus tendres regards.

Dieux, dont la bonté m’encourage,

Je suis l’Amour et vous, tout m’anime, je pars.

 

 

ACTE IV

 

Le théâtre représente le temple des mages de Memphis. On voit à droite et à gauche des pyramides et des obélisques : les chapiteaux des colonnes du temple sont chargés des représentations de tous les monstres de l’Égypte.

 

 

Scène première

 

OTOÈS, CHEF DES MAGES, CHŒUR DES MAGES

 

OTOÈS.

Ministres de mes lois que ma vengeance anime,

Phanor a réparé son crime.

Puisse du sang des rois le dangereux parti,

Qui menaçait l’autel, et que l’autel opprime,

Tomber anéanti !

Consultons de notre art les secrets formidables :

Voyons par quels terribles coups

Il faut confondre les coupables

Qu’un sacrilège orgueil anima contre nous.

CHŒUR DES MAGES.

Ô magique puissance !

Sois toujours dans nos mains

L’instrument de la vengeance ;

Fais trembler les faibles humains !

OTOÈS.

Que nos secrets impénétrables

D’une profonde nuit soient à jamais voilés :

Plus ils sont inconnus, plus ils sont vénérables

À nos esclaves aveuglés.

LE CHŒUR.

Ô magique puissance !

Sois toujours dans nos mains

L’instrument de la vengeance ;

Fais trembler les faibles humains !

OTOÈS.

Commençons nos mystères sombres,

Inconnus aux mortels.

Du fatal avenir je vais percer les ombres,

Et chercher du Destin les décrets éternels.

Symphonie terrible.

On peut exprimer par une danse figurée la sombre horreur de ces mystères.

Que vois-je ! quel danger! quelle horreur nous menace !

Un berger, un simple berger

Des rois que j’ai détruits vient rétablir la race !

Il dresse un autel étranger...

Un dieu vengeur l’amène... Un dieu vengeur nous chasse !

CHŒUR DES MAGES.

Que tout l’enfer armé prévienne cette audace !

OTOÈS.

Ôtons toute espérance aux vils séditieux.

Du sang des rois, de ce sang si funeste,

Zélide est le seul reste ;

Il faut l’immoler à leurs yeux.

LE CHŒUR.

Soyons inexorables :

N’épargnons pas le sang ;

Que la beauté, l’âge et le rang

Nous rendent plus impitoyables.

OTOÈS.

Qu’on amène Zélide : il faut tout préparer

Pour ce terrible sacrifice.

 

 

Scène II

 

OTOÉS, PHANOR, LES MAGES, SUITE DE PHANOR

 

PHANOR.

Je viens vous demander le prix de mon service ;

Vous me l’avez promis, et je dois l’espérer.

Je ramène les miens sous votre obéissance ;

Zélide est en mes mains ; nos troubles sont finis :

Et Zélide est l’unique prix

Que je veux pour ma récompense.

OTOÈS.

Qu’osez-vous demander ?

PHANOR.

Au pied de vos autels

C’est à vous de former cette auguste alliance.

OTOÈS.

Venez la disputer à nos dieux immortels.

PHANOR.

Ciel ! qu’est-ce que j’entends ! je tremble, je frissonne.

OTOÈS.

Après vos complots criminels,

C’est beaucoup si l’on vous pardonne.

Il rentre dans le temple avec les mages.

 

 

Scène III

 

PHANOR, SUITE

 

PHANOR.

Ô crime ! ô projet infernal !

J’entrevois les horreurs que ce temple prépare :

C’est moi, c’est mon amour barbare

Qui va porter le coup fatal.

 

Vengez-moi, vengez-vous : prévenez le supplice

Qui nous est à tous destiné.

Qu’attendez-vous de leur justice ?

Ces monstres teints de sang n’ont jamais pardonné.

Quel appareil horrible à mes yeux se découvre !

...

Zélide dans les fers ! un glaive sur l’autel !

Zélide paraît, enchaînée dans le fond du temple ; Phanor continue.

Rassemblons nos amis ; secondez mon courage,

Partagez ma honte et ma rage ;

Suivez mon désespoir mortel.

Ils sortent.

 

 

Scène IV

 

OTOÈS, ZÉLIDE, LES MAGES

 

ZÉLIDE.

Achevez, monstres inflexibles :

Frappez, ministre cruel ;

Hâtez les vengeances du ciel

Par vos sacrilèges horribles.

Qu’est devenu Tanis ? Ciel ! qu’est-ce que je voi ?

 

 

Scène V

 

OTOÈS, ZÉLIDE, TANIS, LES MAGES

 

TANIS, accourant à l’autel.

Arrêtez, arrêtez, ministres du carnage :

De ce temple sanglant j’apprends quelle est la loi.

La mort doit être mon partage ;

Zélide a mon cœur et ma foi.

Un époux en ces lieux peut s’offrir en victime.

Respectez l’amour qui m’anime ;

Que tous vos coups tombent sur moi.

ZÉLIDE.

Ô prodige d’amour ! ô comble de l’effroi !

Tanis pour moi se sacrifie !

À Tanis.

Voici le seul moment de ma funeste vie

Où je puis désirer de n’être point à toi.

Aux mages.

Il n’est point mon époux ; c’est en vain qu’il réclame

Des droits si chers, un nom si doux.

TANIS.

Ah ! ne trahissez pas mon espoir et ma flamme !

Que j’emporte au tombeau le bonheur d’être à vous !

ZÉLIDE et TANIS.

Sauvez la moitié de moi-même,

Frappez, ne différez pas.

Pardonnez à ce que j’aime ;

C’est à moi qu’on doit le trépas.

 

 

Scène VI

 

PHANOR, OTOÈS, ZÉLIDE, TANIS, LES MAGES

 

OTOÈS.

Notre indigne ennemi lui-même se déclare ;

C’est lui qu’ont amené les dieux et les enfers.

TANIS.

Je suis ton ennemi, n’en doute point, barbare.

OTOÈS.

Qu’on le charge de fers :

Commençons par ce sacrifice.

Téméraire, tu périras ;

Mais ton juste supplice

Ne la sauvera pas.

 

Prenez ce fer sacré. Dieux ! quel affreux prodige !

Ce fer tombe en éclats... ces murs sont teints de sang...

Ton dieu m’impose en vain par ce nouveau prestige :

Il reste encor des traits pour te percer le flanc.

ZÉLIDE.

Peuples, un dieu prend sa défense.

PHANOR, à sa suite, arrivant sur la scène.

Amis, suivez mes pas, et vengeons l’innocence.

OTOÈS, aux mages.

Soldats qui me servez, terrassez l’insolence.

Vous, gardez ces deux criminels ;

Vous, marchez, combattez, et vengez les autels.

Les combattants entrent dans le temple, qui se referme.

 

 

Scène VII

 

TANIS, ZÉLIDE, GARDES

 

TANIS.

Ô prodige inutile ! ô douloureuses peines !

Phanor combat pour vous, et je suis dans les chaînes !

Tous les miens m’ont suivi, mais leurs secours sont lents :

Je n’ai pour vous que des vœux impuissants.

CHŒUR, derrière la scène.

Cédez, tombez, mourez, sacrilèges coupables ;

Nos traits sont inévitables.

ZÉLIDE.

Entendez-vous les cris des combattants ?

TANIS.

Quel son harmonieux se mêle au bruit des armes !

Quel mélange inouï de douceurs et d’alarmes !

...

On entend une symphonie douce.

CHŒUR, derrière la scène.

Des dieux équitables

Prennent soin de vos beaux jours ;

Des dieux favorables

Protègent vos tendres amours.

TANIS.

Je reconnais la voix de nos dieux secourables ;

Ces dieux de l’innocence arment pour vous leurs bras.

CHŒUR DES COMBATTANS.

Tombez, tyrans ; mourez, coupables ;

Tombez dans la nuit du trépas.

ZÉLIDE.

Je frémis !

TANIS.

Non, ne craignez pas.

Si mes dieux ont parlé, j’espère en leur clémence :

J’en crois leurs bienfaits et mon cœur :

Ils ont conduit mes pas dans ce séjour d’horreur ;

Ils font éclater leur puissance ;

Ils étendent leur bras vengeur.

ZÉLIDE et TANIS.

Dieux bienfaisants, achevez votre ouvrage ;

Délivrez l’innocent, qui n’espère qu’en vous ;

Lancez vos traits, écrasez sous vos coups

Le barbare qui vous outrage.

Les gardes emmènent Zélide et Tanis.

ZÉLIDE.

On vous redoute encore, on nous sépare, hélas !

La mort approche, on nous sépare.

TANIS.

Qu’ils tremblent à la voix du ciel qui se déclare.

C’est à nous d’espérer jusqu’au sein du trépas.

 

 

ACTE V

 

 

Scène première

 

ZÉLIDE, TANIS

 

ZÉLIDE.

La mort en ces lieux nous rassemble ;

Le sacrifice est prêt : nous périrons ensemble.

TANIS.

Zélide, calmez vos terreurs.

ZÉLIDE.

Nos cruels tyrans sont vainqueurs :

À peine on voit de loin paraître nos pasteurs,

Et Phanor a perdu la vie.

TANIS.

Il méritait la mort ; il vous avait trahie.

ZÉLIDE.

Vous êtes seul et désarmé,

Et votre cœur est sans alarmes !

TANIS.

Je vous aime, je suis aimé :

L’amour et les dieux sont mes armes.

ZÉLIDE.

Tanis ! mon cher Tanis ! sans vous, sans nos amours,

Je braverais la mort qui me menace :

Mais ces mages sanglants sont maîtres de vos jours ;

Nous sommes enchaînés : vous êtes sans secours.

TANIS.

Nos chaînes vont tomber ; tout va changer de face.

ZÉLIDE.

Quoi ! les dieux à ce point voudraient nous protéger !

Fuyons ces lieux...

TANIS.

Moi fuir, quand je puis vous venger !

ZÉLIDE.

N’abusez point de la faveur céleste ;

Dérobez-vous à ces mages sanglants ;

Tout l’enfer est soumis à leur pouvoir funeste ;

La nature obéit à leurs commandements.

TANIS.

Elle obéit à moi.

ZÉLIDE.

Ciel ! qu’est-ce que j’entends ?

TANIS.

D’Isis et d’Osiris les destins m’ont fait naître.

ZÉLIDE.

Ah, vous êtes du sang des dieux !

Vous savez assez qu’à mes yeux

Vous seul étiez digne d’en être.

TANIS.

Ils daignaient m’éprouver par les plus rudes coups :

Ils n’ont voulu me reconnaître

Qu’après m’avoir enfin rendu digue de vous.

Lorsque ces tyrans sanguinaires

Nous séparaient par un barbare effort,

J’ai revu mes dieux tutélaires :

Ils m’ont appris ma gloire, ils ont changé mon sort :

Ils ont mis dans mes mains le tonnerre et la mort.

Vous allez remonter au rang de vos ancêtres :

L’Égypte va changer et de dieux et de maîtres.

ZÉLIDE.

Un si grand changement est digne de vos mains.

Mais je vois avancer ces mages inflexibles.

Hélas ! je vous aime; et je crains...

TANIS.

Ils trembleront bientôt, ces tyrans si terribles.

 

 

Scène II

 

TANIS, ZÉLIDE, OTOÈS, LES MAGES, LE PEUPLE

 

OTOÈS.

Peuples, prosternez-vous : terre entière, adorez

Les éternels arrêts de nos dieux redoutables :

Monstres de l’Égypte, accourez ;

Connaissez ma voix, dévorez

Ces audacieux coupables,

Au fer de l’autel échappés.

TANIS.

Osiris, mon père, frappez,

Lancez du haut des cieux vos traits inévitables.

Des flèches lancées par des mains invisibles percent les monstres qui se sont répandus sur la scène.

LES MAGES.

Ô ciel ! se peut-il concevoir

Qu’on égale notre pouvoir

OTOÈS.

Art terrible et divin, déployez vos prodiges ;

Confondez ces nouveaux prestiges !

Sortez des gouffres des enfers,

Du brûlant Phlégéton, flammes étincelantes !

On voit s’élever des tourbillons de flammes.

TANIS.

Cieux, à ma voix soyez ouverts !

Torrens suspendus dans les airs,

Venez, et détruisez ces flammes impuissantes !

Des cascades d’eau sortent des obélisques du temple, et éteignent les flammes.

CHŒUR DU PEUPLE.

Ô ciel ! dans ce combat quel dieu sera vainqueur ?

OTOÈS.

Vous osez en douter ! Que la voix du tonnerre

Gronde et décide en ma faveur !

Éclairs, brillez seuls sur la terre !

Éléments, faites-vous la guerre,

Confondez-vous avec horreur !

TANIS.

Les dieux t’ont exaucé, mais c’est pour ton supplice.

Voici l’instant de leur justice :

L’enfer va succomber, et ton pouvoir finit.

Le ciel s’est enflammé ; le tonnerre étincelle.

Tremble, c’est ta voix qui l’appelle :

Il tombe, il frappe, il te punit.

CHŒUR DU PEUPLE.

Ah ! les dieux de Tanis sont nos dieux légitimes.

Le tonnerre tombe ; l’autel et les mages sont renversés.

TANIS.

Autels sanglants, prêtres chargés de crimes,

Soyez détruits, soyez précipités

Dans les éternels abymes

Du Ténare dont vous sortez.

 

 

Scène III

 

TANIS, ZÉLIDE, OTOÈS, LES MAGES, LE PEUPLE, LES BERGERS

 

TANIS, aux bergers qui paraissent armés sur la scène.

Vous qui venez venger Zélide,

Le ciel a prévenu vos cœurs et vos exploits.

Sa justice en ces lieux réside ;

Il n’appartient qu’aux dieux de rétablir les rois.

Sur ces débris sanglants, sur ces vastes ruines,

Célébrons les faveurs divines.

...

Danses.

LE CHŒUR.

Régnez tous deux dans une paix profonde,

Toujours unis et toujours vertueux.

Fille des rois, enfant des dieux,

Imitez-les, soyez l’amour du monde.

TANIS.

Le calme succède à la guerre.

De nouveaux cieux, une nouvelle terre,

Semblent formés en ce beau jour.

Sur les pas des Vertus les Plaisirs vont paraître :

Tout est l’ouvrage de l’Amour.

...

Danses.

LE CHŒUR répète.

Régnez tous deux dans une paix profonde,

Toujours unis et toujours vertueux.

Fille des rois, enfant des dieux,

Imitez-les, soyez l’amour du monde.

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