L’Omelette à la Follembuche (Eugène LABICHE - MARC-MICHEL)

Opérette-Bouffe en un acte.

Musique de Léo Delibes.

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre des Bouffes-Parisiennes, le 8 juin 1859.

 

Personnages


LA BARONNE DE FOLLEMBUCHE

LE MARQUIS DE CRIQUEBŒUF

PERTUISAN, son fils

LE CHEVALIER DE GIVRAC

BERTHE, nièce de la baronne

LE TABELLION

LE GRAND ÉCUYER DU ROI

INVITÉS

SEIGNEURS

DAMES
MOUSQUETAIRES DE LA COMPAGNIE DE GIVRAC


La scène se passe sous Louis XV.

 

Intérieur d’une vaste cuisine de château. À droite, premier plan, de grands  fourneaux sons une haute cheminée. Batterie de cuisine. Au deuxième plan, gauche, une grande porte massive, conduisant dans l’intérieur du château. Au troisième plan, même côté et dans le pan coupé, une fenêtre. Au fond dans la partie supérieure, une galerie qui communique avec la scène par un escalier au milieu de la galerie, une porte à deux battants conduisant dans la salle à manger du château. À droite, après la cheminée, une petite porte conduisant au dehors. Une table de cuisine, un escabeau.

 

 

Scène première


GIVRAC, MOUSQUETAIRES, puis PERTUISAN

 

Au lever du rideau, la scène est vide. On entend frapper au dehors.

CHŒUR, au dehors.

Ouvrez ! ouvrez ! gens du château !

Nous avons soif, nous avons chaud !

La fenêtre s’ouvre brusquement, on voit au haut d’une échelle le capitaine Givrac, et plusieurs mousquetaires.

GIVRAC, en dehors de la fenêtre et regardant à l’intérieur.

Peut-on entrer ?... Nul ne répond !

Messieurs, puisqu’on ne dit pas non,

Point de façons,

Entrons !

Il entre.

LES MOUSQUETAIRES, entrant.

Amis, suivons le capitaine !

GIVRAC, regardant autour de lui.

Mais quel est donc cet antre noir ?...

Eh ! parbleu ! c’est facile à voir !

L’instinct de la faim, j’imagine,

Nous a conduits dans la cuisine !

LES MOUSQUETAIRES.

Eh ! oui vraiment ! c’est la cuisine !

Appelant.

Holà ! holà ! Holà !

Un silence.

GIVRAC, riant.

Pour gens que la faim lutine,

Quel cruel événement !

Nous tombons dans la cuisine

De la Belle-au-bois-dormant 

Réveillons-la !

LES MOUSQUETAIRES.

Réveillons-la !

Holà ! holà !

Trompettes, fanfares, bruits de casseroles, vacarme.

Holà sommeliers, cuisiniers, marmitons !

Du vin des vivres ! des flacons !

PERTUISAN, paraissant à la porte de gauche, il est en habit de noces ridicules.

Oh ! ciel chez nous des militaires !

GIVRAC, l’apercevant.

Enfin !

LES MOUSQUETAIRES.

Enfin !

PERTUISAN, s’avançant timidement.

Messieurs, que voulez-vous ?

GIVRAC.

Nous sommes de gais mousquetaires !

PERTUISAN.

Gris ?

GIVRAC.

Pas encor ! mais ça dépend de vous

Que bientôt nous le soyons tous !

PERTUISAN, ahuri.

Ah ! bah !

GIVRAC.

Le roi, dans la plaine,

Est en chasse aujourd’hui ;

Près de ce domaine

Le cerf nous conduit :

Chasseurs hors d’haleine,

Nous mourons de faim,

Cherchant pour aubaine

Un repas et du vin !

LES MOUSQUETAIRES.

Un repas et du vin !

PERTUISAN.

Un repas ? et du vin !

Bien désolé, mon capitaine !

Mais aujourd’hui dans ce domaine.

Pour un repas, même frugal,

Vous ne pouviez tomber plus mal !

GIVRAC et LE CHŒUR.

Allons ! allons ! vous voulez rire !

PERTUISAN.

Vous comprendrez

Quand vous saurez...

GIVRAC.

Quoi donc ?

PERTUISAN.

Ce que je vais vous dire !

GIVRAC et LE CHŒUR.

Écoutons ce qu’il va nous dire !

PERTUISAN.

Couplets.

I

Je suis le petit Pertuisan !

Ce nom me semble assez plaisant !

LE CHŒUR, raillant.

Zan !

PERTUISAN, sérieux.

Zan !

L’unique enfant d’un papa veuf,

Noble marquis de Criquebœuf !

LE CHŒUR, raillant.

Bœuf !

PERTUISAN, sérieux.

Bœuf !

C’est aujourd’hui que l’hyménée

Par une chaine fortunée,

Unit mes jours et pour toujours,

Au doux objet de mes amours !

LE CHŒUR, raillant.

Ours !

PERTUISAN, sérieux.

Ours !

GIVRAC, parlé.

Mais alors ?...

PERTUISAN, l’interrompant.

II

Oui, mais comme nos deux maisons

Sont égales par leurs blasons...

LE CHŒUR.

Zon !

PERTUISAN.

Zon !

Chez l’un’, le repas se fera,

Chez l’autre on signe le contrat...

LE CHŒUR.

Trat !

PERTUISAN.

Trat !

Chez nous a lieu la signature,

Et le repas chez ma future.

Si bien qu’il ne reste au logis

Pas même un simple salsifis !...

LE CHŒUR, désappointé.

Frits !

PERTUISAN, à part, avec malice.

Frits !

GIVRAC.

Eh bien ! buvons à votre belle !

LE CHŒUR.

À votre belle !

PERTUISAN.

Alors, permettez que j’appelle !

Car les clefs c’est papa qui les a !...

Appelant.

Papa ! papa ! papa ! papa !

LE CHŒUR, appelant.

Holà ! holà ! holà ! holà !

Vacarme et trompettes.

Allons, accourez, monsieur le châtelain !

Les clefs ! du vin ! du vin ! du vin !

 

 

Scène II


GIVRAC, MOUSQUETAIRES, PERTUISAN, LE MARQUIS DE CRIQUEBŒUF


CRIQUEBŒUF, paraissant à la porte de gauche.

Quel est ce vacarme ?

GIVRAC, aux mousquetaires.

Saluez !

CRIQUEBŒUF, descendant en scène.

Des soldats ! des soudards dans mes bas-offices !...

PERTUISAN.[1]

Papa, ce sont des mousquetaires...

GIVRAC.

De la suite du roi...

PERTUISAN.

En chasse dans les environs...

GIVRAC.

Qui viennent vous faire une petite visite...

PERTUISAN.

Par la fenêtre !

CRIQUEBŒUF, outré.

Par la fenêtre !!!

PERTUISAN.

Ils demandent à se rafraîchir.

GIVRAC.

Pour boire à la belle maîtresse de monteur votre fils... qui voudra bien boire à la mienne.

PERTUISAN.

Vous êtes amoureux ?

GIVRAC.

Comme un fou !... Ma belle est au couvent !

PERTUISAN.

Tiens ! tiens ! la mienne en sort !

GIVRAC.

Une blonde adorable !

PERTUISAN.

Tiens ! tiens ! la mienne aussi !

GIVRAC.

Allons, du vin !

LES MOUSQUETAIRES.

Oui, oui ! du vin ! du vin !

GIVRAC.

Du vin ! pour boire à votre bru !

CRIQUEBŒUF, furieux.

Jamais !... Une invasion dans le manoir des Criquebœuf !... une prise d’assaut par la fenêtre, avec escalade et trompettes !... Par mes aïeux ! par trois fauconneaux de ma tour du nord ! par les mâchicoulis de ma tour du sud ! sortez, messieurs !!!

GIVRAC.

Un refus, marquis ?

PERTUISAN, bas.

Que voulez-vous ?... papa est comme ça ! et il a les clefs !

CRIQUEBŒUF.

Sortez !... si vous ne voulez voir briller hors du fourreau l’antique rapière des Criquebœuf !...

Il porte dramatiquement la main sur la garde de sa rapière.

PERTUISAN.

Oh papa, pas de sang !

GIVRAC, riant.

Ne dérangez pas, marquis, cette respectable rapière... Nous nous retirons... en vous priant d’excuser l’indiscrétion de notre visite.

Aux mousquetaires.

Saluez !

Ils saluent en grommelant.

CRIQUEBŒUF, bas à son fils.

Ils pâlissent.

GIVRAC, bas aux mousquetaires.

Je me vengerai... et nous dînerons aujourd’hui chez ce vieux cuistre... Je vous en donne ma parole de capitaine !

CRIQUEBŒUF, se retournant.

Eh bien ! messieurs ?...

GIVRAC.

Resaluez !

Ils font un profond salut et sortent par la fenêtre.

 

 

Scène III


CRIQUEBŒUF, PERTUISAN

 

CRIQUEBŒUF, faisant le geste de renfoncer sa rapière dans le fourreau.

Je les ai terrifiés !

PERTUISAN.

Papa, vous avez été brave... comme Scipion Nasica !

CRIQUEBŒUF.

C’est dans le sang, mon fils ! Jamais les Criquebœuf la crainte n’ont passé par la même porte !...

PERTUISAN, avec bravoure.

Jamais !

CRIQUEBŒUF.

Et jamais aussi, j’ose le dire, ils n’ont franchi celle de leur cuisine et posé leur noble pied dans les bas-fonds de leur domaine !... Mon blason en rougit !...

PERTUISAN.

Le mien aussi !...

CRIQUEBŒUF, apercevant les ustensiles laissés en désordre par les mousquetaires.

Mais voyez comme cette soldatesque, effrénée a tout bouleversé céans !

Appelant.

Laflèche ! Laverdure ! Labranche !

PERTUISAN.

Qu’est-ce que vous faites, papa ?

CRIQUEBŒUF.

J’appelle nos gens.

PERTUISAN.

Vous oubliez que nous sommes seuls ici... et que nous avons expédie tous nos domestiques à deux lieues d’ici, au château de Follembuche, pour faire le repas de noces ?

CRIQUEBŒUF.

C’est juste ! Il faut donc que je m’abaisse jusqu’à toucher moi-même.

Il prend du bout des doigts quelques ustensiles et les remet en place.

PERTUISAN, prenant une casserole.

Qu’est-ce que c’est que ça, papa ?... Une armure ? un casque de mes nobles aïeux ?

Il s’en coiffe.

CRIQUEBŒUF.

Que faites-vous, mon fils ?... C’est une casserole !... dit-on !...

PERTUISAN, examinait le fourneau.

Et ce grand siège... avec un grand trou rond au milieu ?

À lui-même pudiquement.

Ah ! j’en devine l’usage.

CRIQUEBŒUF.

Des fourneaux... pour faire le feu !

PERTUISAN.

Le feu ! ah diable !

À part.

Alors, ce n’est pas pour ce que je croyais.

CRIQUEBŒUF.

Mais laissons ces vils détails et hâtons-nous de quitter ces lieux malséants pour remonter dans notre salon d’honneur... C’est de là, Pertuisan, que nous devons voir arriver, par l’avenue du château, ta noble fiancée, très haute et très puissante damoiselle Berthe de Follembuche !

PERTUISAN.

Et son encore plus haute et plus puissante tante, la baronne Rupelmonde de Follembuche !

CRIQUEBŒUF.

Cette réception solennelle, mon fils, exige l’observance la plus scrupuleuse des lois du cérémonial !...

PERTUISAN.

D’autant plus que la Follembuche (la vieille) est à cheval sur l’étiquette.

CRIQUEBŒUF.

Elle en a le droit. Écoute bien et ne va pas faire de boulettes !

PERTUISAN, avec une noble fierté.

Oh ! papa, je suis gentilhomme !

CRIQUEBŒUF.

Donc, quand ces dames seront arrivées au bas du perron... les Criquebœuf descendront deux marches... et les Follembuche en monteront trois !... Il faut tenir son rang !... J’ai accordé que le repas de noces se ferait à Follembuche... mais à condition que le contrat se signerait ici, à Criquebœuf. La chose est juste ; nous avons autant de quartiers l’un que l’autre. Et n’oublie jamais, ô mon fils que, dans la vie d’un gentilhomme, le cérémonial, c’est tout ! Songez à vos aïeux !

Pertuisan se met à genoux, son père le baise au front. En ce moment, bruit dans la coulisse.

PERTUISAN.

Ah ! mon Dieu, ce bruit !

CRIQUEBŒUF.

Encore des mousquetaires !

PERTUISAN, qui est allé regarder à la porte de gauche.

Non ! c’est toute ma noce qui nous cherche... qui descend la cuisine !

CRIQUEBŒUF, vivement.

Courons au-devant d’elle !

TOUS DEUX, voyant paraître tout le monde.

Trop tard !

 

 

Scène IV


CRIQUEBŒUF, PERTUISAN, LA BARONNE DE FOLLEMBUCHE, empanachée, BERTHE, en costume de mariée, LE TABELLION, SEIGNEURS et DAMES en grande toilette, types grotesques de noblesse provinciale

 

LA BARONNE et LES INVITÉS.

Chœur.

Ah ! c’est abominable !

Ah ! c’est épouvantable !

Un pareil affront

Ternit mon blason !

LA BARONNE, à Criquebœuf.[2]

Jour de Dieu ! sire de Criquebœuf.

Voila du beau ! voila du neuf !

CRIQUEBŒUF, désolé.

Excusez-moi, noble baronne !

LA BARONNE, à Pertuisan.

Quoi ! personne sur le perron !

Quoi ! pas un chat dans la maison !

PERTUISAN.

Que votre grâce nous pardonne !

LA BARONNE.

Pour trouver le futur mari,

Jour de Dieu ! m’obliger de descendre ici !

Serait-ce un piège ?... Est-ce une embûche ?

Oubliez-vous donc que je suis

Très haute dame Amaryllis

Rupelmonde de Follembuche !

CRIQUEBŒUF et PERTUISAN.

Vous nous voyez confondus,

Éperdus, confondus !

Reprise en CHŒUR.

Ah ! c’est abominable,

Etc.

LA BARONNE.

Corne de bœuf ! est-ce ainsi, messieurs, que se conduisent de nobles gentlemen ? ventre de biche ![3]

CRIQUEBŒUF, se confondant en excuses.

Baronne !...

À Berthe.

Noble damoiselle !...

Aux invités.

Illustres dames et seigneurs ! je donnerais les deux ailes de mon château de Criquebœuf pour que pareille chose ne fût pas arrivée ! mais le grand salon d’honneur est préparé !...

S’adressant à son fils.

Pertuisan ! seigneur de Fin-d’Oise-sur-Oise, près Pontoise !... offrez votre bras droit à très haute, très grande, très puissante dame baronne de Follembuche !...

PERTUISAN.

Oui, papa.

Il offre le bras à la baronne ; Criquebœuf à Berthe ; les seigneurs aux dames, avec tout le cérémonial grotesque d’une politesse provinciale. Pertuisan, qui ouvre la marche, arrive à la porte de gauche, cherche vainement à l’ouvrir.

Jarnicoton ! le vent a fermé la porte !

TOUS.

Fermée !!!

LE TABELLION, bégayant.

Cé... est moi qui l’ai ti... irée en... entrant.

LA BARONNE.

Vous êtes un croquant !... la clef est en dehors !

TOUS.

Oh !

BERTHE.

Nous sommes prisonniers ?

LA BARONNE.

Bloqués ! bloqués dans une cuisine !... Un pareil affront à la race des Follembuche !...

LE TABELLION.

J’ai u... une idée !

TOUS, vivement.

Dites-la !

LE TABELLION.[4]

Si n... nous si... ignions le contrat ?... Il n’en serait p... pas moins va... alable.

LA BARONNE, le repoussant.

Dans une cuisine ! jamais !

CRIQUEBŒUF, de même.

Jamais !

BERTHE.

Rien ne presse.

PERTUISAN, désolé.

Nous voilà gentils !

CRIQUEBŒUF.

Si du moins j’avais des sièges à vous offrir !...

LA BARONNE, brusquement.

Pourquoi faire ?

CRIQUEBŒUF.

Mais dame ! nous sommes peut-être exposés à rester pas mal de temps ici !

PERTUISAN.

Personne pour nous ouvrir ! Nous pouvons périr de faim et de vieillesse, dans ces catacombes !

LA BARONNE.

C’est affreux !

LES INVITÉS.

C’est odieux !

LA BARONNE, prête à se pâmer.

Je veux sortir !

CRIQUEBŒUF, perdant la tête.

Baronne, il n’y a qu’un moyen !... oserais-je vous proposer de passer par la fenêtre ? il y a une échelle.

LA BARONNE, indignée.

Quelle horreur !!!

PERTUISAN, à demi-voix.

Il n’y a personne dessous.

LA BARONNE.

Seigneur de Pertuisan ! êtes-vous un chevalier français ?

PERTUISAN, fièrement.

Jarnicoton !

LA BARONNE.

Eh bien ! franchissez vous-même cette fenêtre, et allez nous ouvrir les portes ?

PERTUISAN, effrayé.

Moi ?

LA BARONNE.

Hésiteriez-vous ?

TOUS.

Oui ! oui ! allez ! allez.

PERTUISAN.[5]

C’est que c’est bien haut !

TOUS.

Allez ! allez !

PERTUISAN, de mauvaise grâce.

Allons ! j’y vais ! mais, ventre-saint-bleu ! qu’on me tienne l’échelle ! Elle n’est pas solide !

Il enjambe la fenêtre.

CRIQUEBŒUF.

Pars, mon noble fils !... et reviens avec le trousseau de clés !

PERTUISAN, avec un élan chevaleresque.

Le ciel ! ma dame ! et mon échelle !

Il disparaît ; on entend un cri.

TOUS.

Qu’est-ce que c’est ?

CRIQUEBŒUF, regardant par la fenêtre.

Presque rien ! deux ou trois échelons qu’il a manqués.

LE TABELLION, passant au milieu.[6]

J’ai une idée !

TOUS.

Encore ?

LE TABELLION.

P... puisqu’on ne veut pas... s... signer le contrat... si du moins j... j’en d... donnais lecture ?

BERTHE.

Dans une cuisine !...

LA BARONNE, révoltée.

Je vous le défends !... Prononcer ici le nom de mes aïeux ! jour de Dieu !

CRIQUEBŒUF.

Oui, pas de taches de grasse sur nos blasons !

On le repousse. La porte de gauche s’ouvre, Pertuisan paraît.

TOUS, avec un cri de joie.

Ah !

PERTUISAN, agitant triomphalement un trousseau de clés et boitant.

Voici le trousseau ! mais je me suis fait un bleu à la rotule.[7]

TOUS.

Nous sommes libres !

LE TABELLION.

Ho... onneur au jeu... eune héros !

LA BARONNE.

Honneur au courage malheureux !

CRIQUEBŒUF, à son fils.

Pertuisan ! seigneur de Fin-d’Oise-sur-Oise, près Pontoise, offrez votre bras gauche à très haute, très grande, très puissante dame, baronne de Follembuche !

PERTUISAN.[8]

Oui, p’pa.

LA BARONNE, rabattant le bras que lui offre Pertuisan.

Permettez, marquis de Criquebœuf... nous avons droit au bras droit. Je compte trente-six quartiers !!!

CRIQUEBŒUF.

Et moi soixante-douze !!!

LA BARONNE, s’animant.

Je descends de Jeanne-la-Folle !

CRIQUEBŒUF, de même.

Et moi des croisades !

PERTUISAN, à part, montrant la fenêtre.

Et moi des croisées !

LA BARONNE, s’animant de plus en plus.

Sachez que je porte d’azur à la chimère d’or écaillée de sinople au comble de contre hermine !

CRIQUEBŒUF, de même.

Et moi, de gueules sur fasces componées aux trois merlettes écartelées et au cimier de chat effarouché !

PERTUISAN, d’un ton conciliant.

Oh ! papa !... un jour de contrat, les gueules peuvent céder le pas à l’azur.

CRIQUEBŒUF, s’apaisant.

C’est juste... Allons, soit... offrez donc votre bras droit.

PERTUISAN, il offre son bras droit.

Oui, p’pa.

LA BARONNE, rabattant le bras de Pertuisan.

Un instant ! le cérémonial n’a pas été observé ; nous allons recommencer.

TOUS.

Oh !...

LA BARONNE.

Nous allons recommencer ! Je vais retourner avec ma nièce dans la cour d’honneur, nous monterons trois marches du perron ; Pertuisan en descendra deux... et l’honneur des deux familles sera sauf !... sera sauf !

PERTUISAN.

Je veux bien !... quoique j’aie un bleu à la rotule !

CRIQUEBŒUF.

Puisse cette réparation effacer les incongruités de cette mâtinée !

La baronne prend la main de Berthe, fait de grandes révérences, puis donne sa main à baiser à Criquebœuf, puis à Pertuisan, et au tabellion qui paraît très ému de cette insigne faveur. Elle sort à gauche avec Berthe.

 

 

Scène V


CRIQUEBŒUF, PERTUISAN, SEIGNEURS et DAMES de la noce, LE TABELLION, puis GIVRAC

 

CRIQUEBŒUF.

Nobles dames et seigneurs, que le cortège se reforme, et que chacun y prenne place suivant le rang de ses aïeux !...

Le cortège se forme, Criquebœuf et Pertuisan en tête, et le tabellion à la queue.

CRIQUEBŒUF.

Partons !

TOUS.

Partons !

GIVRAC, paraissant à la porte qui est sur la galerie.[9]

Arrêtez, marquis !

CRIQUEBŒUF.

Encore vous ?

PERTUISAN.

Le capitaine !

GIVRAC, en descendant l’escalier.

Silence ! silence !

En scène.

Silence !

CRIQUEBŒUF.

Qu’y a-t-il ?

TOUS.

Qu’y a-t-il ?

PERTUISAN.

Parlez vite ! ma belle tante nous attend sur la troisième marche !

Les dames et les seigneurs font cercle autour de Givrac.

GIVRAC.

Seigneur de Criquebœuf, le roi, entraîné par un cerf dix-cors dans ces parages, vient d’entrer dans votre château.

CRIQUEBŒUF.

Est-il possible !

PERTUISAN.

Le roi à Criquebœuf !

GIVRAC, à part.

À deux lieues d’ici ! Je n’ai rien à craindre.

Haut.

Et, apprenant que le noble propriétaire de ce domaine était céans, le roi daigne vous faire l’honneur de vous demander à dîner !

CRIQUEBŒUF, hors de lui.

À dîner !!!

PERTUISAN.

À dîner !!!

GIVRAC, à part.

Le dîner de mes mousquetaires, vieux cuistre !

CRIQUEBŒUF, abasourdi.

Pertuisan, soutiens-moi !

Il  fléchit.

PERTUISAN, le soutenant.

Qu’avez-vous, papa ?

CRIQUEBŒUF, perdant la tête.

Le roi !!! et pas même un radis à lui offrir !!! un pareil honneur ! je suis déshonoré !

LE TABELLION.[10]

J... j’ai une idée.

TOUS, vivement.

Parlez.

LE TABELLION.

Ah ! non, j... je n’en ai pas.

TOUS, le repoussant.

Ah !

PERTUISAN.

Alors, gardez-la pour vous.

CRIQUEBŒUF, désolé.

Il faut pourtant que le roi dine ! Il le faut ! dussé-je lui servir une tranche de mon propre fils !

PERTUISAN, reculant.

Ah ! mais !

CRIQUEBŒUF, inspiré.

Ah ! quelle inspiration !...

Appelant un seigneur.

Baron de Lumbago !

Un seigneur bossu s’approche, il lui parle bas et vivement.

Courez ventre à terre à Follembuche, et ramenez les carrosses avec le festin nuptial, allez ! courez !

LUMBAGO.

Je vole.

Il sort en courant par la porte de droite.

PERTUISAN, inquiet.

Qu’est-ce qu’il lui a dit ?

CRIQUEBŒUF, radieux à Givrac.

Capitaine, le dîner sera servi dans deux petites heures.

GIVRAC, à part.

Deux heures !

Haut.

Vous plaisantez, marquis ! le roi veut être servi dans dix minutes ; il repart à l’instant.

Il sort par la droite.

CRIQUEBŒUF, accablé.

Et pas un marmiton !...

Aux seigneurs.

Mes amis, répandons-nous dans les environs, parcourons toutes les fermes, et rapportons ici tout ce qui nous tombera sous la main. Toi, Pertuisan,

Lui mettant un soufflet dans les main.

allume le feu ; il faut que le roi dine, il dînera !

TOUS.

Il dînera !

Ils sortent en désordre par la porte de droite.

 

 

Scène VI


PERTUISAN, seul, puis BERTHE

 

PERTUISAN, tenant un grand soufflet de cuisine que son père lui a mit dans les mains en sortant.

Que j’allume le feu... je veux bien.

Il se met à souffler dans le fourneau vide.

C’est drôle... ça ne prend pas...

Il redouble d’efforts.

Ça ne prend pas du tout !

BERTHE, entrant par la porte de gauche.

Eh bien que faites-vous là, monsieur ?...

PERTUISAN, à part.

Tiens ma fiancée !... elle m’était sortie de la tête.

BERTHE.

À quoi vous amusez-vous donc ?

PERTUISAN.

Je ne m’amuse pas... je souffle !... et ça prend de moins en moins !

BERTHE.

Vous soufflez ?... et ma tante qui vous attend sur la troisième marche !

PERTUISAN, cessant de souffler, mais gardant le soufflet.

Ah ! Jarnicoton ! c’est vrai !...

BERTHE.

Elle est furieuse !... elle à déclaré qu’elle n’en bougerait pas !... et, ne vous voyant pas venir, elle s’est assise dessus !

PERTUISAN.

Sur la troisième marche !... Elle s’est assise ?

Avec calme.

Alors, nous pouvons causer ?...

BERTHE.

De quoi donc ?

PERTUISAN.

Dame ! de notre amour !

BERTHE.

Notre amour ?... Et qui vous a dit que je vous aimais, monsieur ?

PERTUISAN.

C’est papa !

BERTHE.

Eh bien, par exemple !

PERTUISAN.

Il s’y connaît, papa !

BERTHE.

Mais pas du tout ! il se trompe !

PERTUISAN.

Ah bah ! ah bah !... alors pourquoi m’épousez-vous ?

BERTHE.

Pour faire plaisir à ma tante.

PERTUISAN.

Ah bah ! ah bah ! 

BERTHE.

Romance.

I

« Mentir est le plus noir des vices ! »

Nous redisait-on au couvent,

« La vérité sans artifices,

» Voilà ce qui charme un amant. »

D’être franche je suis jalouse,

Et je vous dis tout bas, bien bas :

Puisqu’on le veut, je vous épouse,

Mais vous aimer, n’y comptez pas.

PERTUISAN, parlé.

Mais cependant, mademoiselle...

BERTHE, parlé.[11]

Aimez-vous mieux que je vous trompe ?

II

Si je vous disais : Je vous aime !

Si je vous disais que vos traits

Me paraissent la grâce même...

Ce serait mal ; je mentirais !

Mais ma sincérité m’oblige

À vous dire tout bas, bien bas :

Prenez ma main puisqu’on l’exige,

Mais pour mon cœur, n’y comptez pas !

PERTUISAN.

Ah bah ! ah bah !

BERTHE.

Enfin, venez-vous relever ma tante Follembuche ?

PERTUISAN.

Puisqu’elle est assise ! Me direz-vous du moins pourquoi vous ne m’aimez pas ?

BERTHE.

Je vous dois la vérité : parce que j’en aime un autre.

PERTUISAN, riant bêtement.

Ah bah ! ah bah !...

 

 

Scène VII


PERTUISAN, BERTHE, GIVRAC, paraissant par la galerie et descendant en scène

 

GIVRAC.

Seigneur de Pertuisan, en attendant la collation, le roi désire goûter le vin de votre meilleur crû... et je viens vous prier...

Trio.[12]

BERTHE et GIVRAC, se reconnaissant.

Ô ciel !

GIVRAC, à part.

Berthe !

BERTHE, à part.

Le chevalier !

PERTUISAN.

Hein ? qu’avez-vous ?

GIVRAC.

Rien !

BERTHE.

Rien !

PERTUISAN, à part.

C’est singulier.

Ensemble.

BERTHE et GIVRAC, à part.

Mon cœur bat !

Je revois celui/celle que j’aime !

Mais je redoute un éclat !

Ah ! cachons bien en moi-même

Combien, dans mon trouble extrême,

Mon cœur bat !

PERTUISAN, à part.

Mon cœur bat !

J’ai cru voir celle que j’aime

Pâlir devant ce soldat !

Il n’en est rien ; mais tout d’ même

Mon cœur bat !

PERTUISAN, à Givrac.

Plus heureux que vous, capitaine,

Dont la future est au couvent,

Moi, je vous présente la mienne...

GIVRAC.

Votre future !!!

BERTHE, à part.

Ah ! quel tourment !

GIVRAC, contenant son dépit.

Mon bien sincère compliment !

Sans doute, une ardeur mutuelle

Vous donne son cœur et sa foi !

BERTHE, vivement.

Qui dit cela ?

PERTUISAN.

Ce n’est pas moi !

Car, à l’instant, mademoiselle

Me déclarait très gentiment

Qu’elle ne m’aime nullement !

GIVRAC, avec joie.

Eh quoi !... vraiment !...

PERTUISAN.

Ça vous étonne ?...

De plus, elle ajoutait

Qu’elle en aimait.

Un autre !

GIVRAC, avec transport.

Ô ciel !

BERTHE, vivement.

Je n’ai nommé personne !

GIVRAC, bas à Berthe.

Un tel bonheur, ô ma Berthe chérie !...

BERTHE, bas.

Prenez garde, il nous épie !

PERTUISAN.

Que se disent-ils tout bas ?

GIVRAC, avec impatience.[13]

Eh bien, vous ne partez pas ?

Le roi vous attend !

Ensemble.

Pendant l’ensemble, Givrac ouvre la trappe sur le devant, à droite.

BERTHE et GIVRAC.[14]

Allez-vous-en !

Le roi vous attend !

Et le roi ne doit pas attendre !

Dans la cave il faut descendre !

Le roi vous attend !

Allez-vous-en !

PERTUISAN.

Allons-nous-en !

Le roi nous attend !

Et le roi ne doit pas attendre !

Dans la cave il faut descendre !

Le roi nous attend !

Allons nous-en !

Pertuisan fait un mouvement pour descendre. Givrac et Berthe se rapprochent, il revient près d’eux.

PERTUISAN.

Laisser ici mademoiselle !

GIVRAC.

Allez, je veillerai sur elle !

PERTUISAN.

Mais je voudrais savoir pourquoi...

GIVRAC.

Allez chercher le vin du roi !

PERTUISAN, sur le bord de la cave et tremblant.

Pourquoi...

L’on met le vin dans une cave,

Quand dans la cave il fait si noir !

GIVRAC.

Point de frayeur pour un vrai brave !

PERTUISAN, fièrement.

Je le suis !

BERTHE.

Nous allons le voir !

Reprise de l’ensemble.

BERTHE et GIVRAC.

Allez-vous-en,

Etc.

PERTUISAN.

Allons-nous-en,

Etc.

PERTUISAN, descendant à la cave et tremblant.

Il me faudra donc, sans chandelle,

Sans même le moindre rat,

Voyager sur des échelles,

Tout le jour de mon contrat !

BERTHE et GIVRAC.

Le roi vous attend...

Allez-vous-en !

Il disparait. Givrac ferme la trappe sur lui.

 

 

Scène VIII


BERTHE, GIVRAC

 

GIVRAC.

Berthe, vous m’avez trahi ! vous allez vous marier !

BERTHE.

Est-ce ma faute ? Est-ce que les jeunes filles font ce qu’elles veulent ?

GIVRAC.

Mais la dernière fois que je vous vis à votre couvent sous prétexte d’y voir ma sœur, vous ne m’avez rien dit de ce mariage !...

BERTHE.

Je ne savais rien !

GIVRAC.

Mais depuis, vous deviez m’en informer... m’écrire...

BERTHE.

Je vous ai écrit.

GIVRAC.

Je n’ai rien reçu...

BERTHE, ingénument.

Dame !... c’est peut-être parce que je n’ai pas osé vous envoyer ma lettre ?

GIVRAC, avec feu.

Et vous croyez que je me laisserai enlever mon trésor, ma vie ?

PERTUISAN, soulevant la trappe.

Capitaine !...

GIVRAC.

Oh !

Il saute sur la trappe et la referme.

BERTHE.

Mais vous allez lui faire mal !

GIVRAC, exaspéré.

Vous le plaignez ?... Tenez ! tenez !

Il trépigne sur la trappe. Revenant près de Berthe.

Oh ! ce mariage ne s’accomplira pas !

BERTHE.

Que faire ?

GIVRAC.

Rien de plus simple ! je vous enlève !

BERTHE.

Par exemple !...

GIVRAC.

Eh bien... je vais me jeter aux pieds de votre tante... la menacer de me transpercer sous ses yeux... Où est-elle ?

BERTHE.

Sur la troisième marche... Mais...

PERTUISAN, soulevant la trappe.

Mademoiselle Berthe !...

GIVRAC.

Oh !

Il bondit sur la trappe et la referme.

 

 

Scène IX


BERTHE, GIVRAC, PERTUISAN, CRIQUEBŒUF, LE TABELLION, LES INVITÉS

 

Ils rentrent tous par la droite. Ils portent des paniers contenant des provisions.

CRIQUEBŒUF essoufflé.

Capitaine ! le dîner sera prêt dans cinq minutes. Nous apportons un choix de provisions variées.

Tombant assis sur l’escabeau que Givrac place sur la trappe.

Ah ! je n’en puis plus !... Le feu est-il allumé ?... Où est Pertuisan ?...

Pertuisan frappe à grands coups sous la trappe. Criquebœuf bondit effrayé et enlève son siège.

Qu’est-ce que c’est que ça ?

PERTUISAN, paraissant à mi-corps.

Jarnicoton ! papa, pourquoi vous asseyez-vous sur ma tête ?...

LES INVITÉS.

Pertuisan ?

CRIQUEBŒUF.

Que fais-tu là-dedans ?

PERTUISAN.

Je cherchais du vin pour le roi.

Tendant le panier à Givrac.

Tenez, capitaine, voici un panier d’un petit Suresne dont le roi nous dira des nouvelles.

Il sort de la trappe et la referme.

GIVRAC, passant le panier de vin aux deux petits trompettes des mousquetaires qui ont paru sur la galerie.

Prenez, messieurs !

CRIQUEBŒUF.

Vite ! à la besogne ! Quelqu’un de vous a-t-il rapporté un cuisinier ?

TOUS.

Pas moi ! pas moi !

LE TABELLION.

Pa... as de cuisinier !

CRIQUEBŒUF, avec élan.

Eh bien ! nous ferons la cuisine nous-mêmes !

TOUS.

Oui ! oui !

GIVRAC.

Très bien, marquis !

À part.

Laissons-leur faire le dîner de mes mousquetaires... cela retardera toujours la signature du contrat !

Pendant cet aparté, on a placé au milieu la table de cuisine. On trouve dans le tiroir des tabliers de cuisine, des bonnets de coton ; chacun en prend un, s’en coiffe, s’attache un tablier autour du corps, puis les uns allument le feu, les autres apportent des ustensiles de cuisine, qu’ils posent sur la table.

CRIQUEBŒUF.

Voyons un peu les provisions ; qu’avez-vous, marquise ?

LA MARQUISE.

Des œufs.

CRIQUEBŒUF.

Très bien ! et vous, baron ?

LE BARON.

Des œufs.

CRIQUEBŒUF.

Encore ! et vous, chevalier ?

TOUS.

Des œufs ! des œufs !

CRIQUEBŒUF.

Toujours des œufs ! Heureusement que j’ai mon panier, moi ; mon fermier doit me l’avoir bien garni ? Comment des œufs aussi !

TOUS.

Rien que des œufs !

LE TABELLION.

Rien que de... es œufs !

PERTUISAN.

Je ne vois qu’un moyen de nous tirer de là... c’est de faire une omelette.

TOUS.

Oui ! oui à l’œuvre ! à l’œuvre !

On apporte la poêle et autres ustensiles de cuisine, et chacun se met à l’ouvrage gauchement et avec répugnance. Criquebœuf, ceint d’un vaste tablier blanc, met un bonnet de coton par-dessus sa perruque, Pertuisan, une toque de marmiton.

 

Scène X


BERTHE, GIVRAC, PERTUISAN, CRIQUEBŒUF, LE TABELLION, LES INVITÉS, LA BARONNE

 

LA BARONNE, entrant furieuse par la gauche.

Mon gendre ! tout est rompu !... Voici une heure que j’attends, seule, sur la troisième marche !

CRIQUEBŒUF, voulant parler.

Baronne.

LA BARONNE.

Et je vous retrouve encore dans la cuisine !... sous des costumes.

Avec horreur.

Ah ! pouah !... s’agit-il de la noce d’un marmiton ?...

CRIQUEBŒUF.

Du tout !... une faveur inespérée !...

PERTUISAN.

Un honneur pour notre manoir !

CRIQUEBŒUF, mettant la poêle dans les mains de la baronne.

Prenez ce glorieux ustensile...

LA BARONNE, jetant les hauts cris.

Horreur !...

CRIQUEBŒUF.

C’est pour le roi !... qui est dans mon château, et attend son dîner.

LA BARONNE.

Le roi !

PERTUISAN.

Et nous lui construisons une omelette !

LA BARONNE, avec élan.

Qu’on me donne un torchon !

Elle le prend et l’attache autour de sa ceinture en disant.

Le tablier de cuisine s’anoblit quand on le porte pour son roi !...

GIVRAC, à part.

Oui ! mais pour des mousquetaires ?... Elle ne me pardonnera jamais quand elle apprendra.

LA BARONNE, saisissant la poêle.

À moi la queue de la poêle !

GIVRAC, voulant la lui ôter.

Madame, permettez.

LA BARONNE, tirant à elle.

Lâchez, capitaine !

GIVRAC, insistant.

Mais, madame...

LA BARONNE, lui faisant lâcher prise.

Lâchez, vous dis-je !

Brandissant majestueusement la poêle.

C’est pour le roi !

TOUS.

C’est pour le roi !!!

LA BARONNE, exaltée.

Et je veux que cette omelette s’appelle : « l’Omelette à la Follembuche !!! »

PERTUISAN.

Je mettrai trois œufs et une poêle à frire sur mon blason !

LA BARONNE.

À l’ouvrage !

TOUS.

À l’ouvrage !

Ronde.
LA BARONNE, elle tient la poêle, casse des œufs.[15]

I

Pour cette royale omelette...

TOUS.

...yale omelette.

LA BARONNE.

L’œuf de poule est insuffisant !

TOUS.

Insuffisant.

LA BARONNE.

Je voudrais des œufs de faisan,

De pélican !

TOUS.

De pélican !

LA BARONNE.

Des œufs de paon,

De cormoran

Ou d’éléphant !!!

TOUS.

Ou d’éléphant !

LA BARONNE.

Au lieu de persil, de ciboulette,

J’y voudrais hacher menus, menus,

Des lis, des rosés, des cactus

Et des bouquets de violette !

LA BARONNE, battant l’omelette.

Flic ! flac ! floc !

Battons-la de taille !

Flic ! flac ! floc !

Battons-la d’estoc !

Flic ! flac ! floc !

Pistolet de paille !

Flic ! flac ! floc !

Chantons tous en bloc :

Plume de paon ! crête de coq !

Œil de perdrix ! bec de perruche !

L’omelette à la Follembuche !

TOUS.

Flic ! flac ! floc !

Etc.

LA BARONNE.

II

Voyez ! voyez ! comme elle mousse !

TOUS.

Comme elle mousse !

LA BARONNE.

Sous la noble main qui la bat...

TOUS.

Main qui la bat...

LA BARONNE.

Elle fait d’un petit air fat

Un entrechat !

TOUS.

Un entrechat !

LA BARONNE.

Et prend un éclat

Délicat.

TOUS.

Très délicat.

LA BARONNE.

Elle me semble, à chaque secousse

Qui la fouette et qui trémousse,

Se dire : Ah ! quel honneur pour moi

D’entrer dans le palais du roi !

REPRISE ENSEMBLE.

Flic ! flac ! floc !

Etc.

GIVRAC.

Je suis perdu ! Elle m’arrachera les yeux ! II n’y a qu’un moyen de la forcer à m’accorder sa nièce... c’est de l’enlever.

LA BARONNE, tenant la poêle et avec fierté.

Capitaine Givrac, vous direz an rot ce que vous avez vu !

GIVRAC.

Oui, certes, madame ; car il désire qu’on lui présente la mariée... et je vais avoir cet honneur.

LA BARONNE, transportée de joie.

Ma nièce, présentée au roi...

CRIQUEBŒUF.

Ma bru !... quelle gloire !

GIVRAC, prenant la main de Berthe.

Venez, mademoiselle.

Il se dispose à l’emmener, lorsqu’on entend derrière la porte de gauche un bruyant refrain de chanson à boire chanté par les mousquetaires.

CHŒUR dans les coulisses.

Manon est une belle

À la noire prunelle,

Dont le cœur sans façon

Vous répond

Toujours non.

– Me seras-tu cruelle ?

– Non, non !

Répond

Manon.

– Me seras-tu fidèle ?

– Non, non !

Répond

Manon.

Aux premières notes du chœur, Pertuisan est grimpé sur l’escalier et regarde par le trou de le serrure de la porte de la galerie.

TOUS.

Qu’est-ce que c’est que cela ?

GIVRAC, à part.

Les malheureux, ils ont trop bu ?

PERTUISAN, vivement.

Arrêtez ! on nous trompe ! Le roi n’est pas là... il n’y a que des mousquetaires attablés.

TOUS.

Des mousquetaires ?

PERTUISAN, à son père.

Ceux que nous avons renvoyés ce matin.

TOUS.

Comment ?

LA BARONNE.

Rentrez, ma nièce.

Elle la fait sortir par la porte de gauche. Menaçante.

Capitaine, cette présentation était un piège !

CRIQUEBŒUF.

Vous nous avez fait faire la cuisine pour des soldats !

TOUS, indignés.

Pour des soldats !

Tous jettent leurs tabliers de cuisine et leurs bonnets de coton.

GIVRAC, à part, troublé.

Permettez !...

On entend des fanfares de chasse au lointain.

Ces fanfares ! Serait-ce !e roi ?

LE GRAND ÉCUYER, paraissant au haut de la galerie.

Marquis de Criquebœuf.

GIVRAC, à lui-même.

Le grand écuyer du roi !

CRIQUEBŒUF.

Grand écuyer... comme je danse !

LE GRAND ÉCUYER, du haut de la galerie.

Le roi a daigné choisir votre château pour sa halte de chasse, et vous fait la faveur de vous autoriser à lui offrir à dîner.

CRIQUEBŒUF, au grand écuyer avec une ironie amère.

Vous voyez ; nous nous occupons de son repas.

LA BARONNE, de même.

Nous nous occupons de son repas.

PERTUISAN, de même.

Nous nous occupons de son repas.

GIVRAC, à part.

C’est bien le roi ! Quel contretemps ! Courons rejoindre mes mousquetaires pour le recevoir.

Il sort à droite. Le grand écuyer disparaît par la galerie.

 

 

Scène XI


BERTHE, PERTUISAN, CRIQUEBŒUF, LE TABELLION, LES INVITÉS, LA BARONNE

 

CRIQUEBŒUF, hors de lui.

Quel excès d’audace !

LA BARONNE.

Je suffoque d’indignation !

Elle pousse de grands cris, et tombe dans les bras de Pertuisan, qui a de la peine à la soutenir.

PERTUISAN, cherchant à la remettre sur ses jambes.

Belle tante... Soyons homme !

LE TABELLION, à Criquebœuf.

Quoi... v... vous pensez que ce grand écuyer !...

CRIQUEBŒUF.

N’est qu’un grand-écuyer inventé par ces damnés mousquetaires pour continuer et pousser jusqu’au bout leur mystification !

TOUS, indignés.

Oh !

LA BARONNE, se redressant tout à coup.

Et vous restez là, Pertuisan ?

PERTUISAN, ahuri.[16]

Hein ?

LA BARONNE, exaltée.

Vous restez là !... les bras croisés !...

PERTUISAN.

Pardon, vous étiez dedans.

LA BARONNE.

Vous n’allez pas appeler en champ clos cet insolent soudard et le transpercer de votre épée.

PERTUISAN, très contrarié.

Mais... mais... mais...

CRIQUEBŒUF.

Arrête, Pertuisan !

PERTUISAN.

Je n’y allais pas, papa !

CRIQUEBŒUF.[17]

Je rêve une vengeance plus complète.

TOUS.

Laquelle ?

LA BARONNE.

Parlez.

PERTUISAN.

Je l’adopte.

LE TABELLION.

Moi au... aussi.

CRIQUEBŒUF.

Ces mécréants nous ont fait confectionner une omelette ; servons-leur cette omelette.

TOUS, révoltés.

Oh !

CRIQUEBŒUF.

Mais après l’avoir assaisonnée avec les ingrédients les plus malsains et les moins usités.

TOUS.

Très bien !

LA BARONNE.

J’y consens.

LE TABELLION.

J’y... y souscris.

LA BARONNE.

Qu’on me rende la queue de la poêle !

Elle retrousse ses manches et reprend la poêle ; Criquebœuf et Pertuisan vont chercher les objets qu’on nomme, et les versent avec rage dans la poêle.[18]

CHŒUR.

Faisons silence,

Soyons sournois,

Sachons tramer notre vengeance

En tapinois !

LA BARONNE.

Chut ! apportez la salière.

CRIQUEBŒUF.

Et versez-la tout entière !

PERTUISAN.

Chut ! donnez la poivrière.

LE TABELLION.

Le gingembre et le piment !

TOUS.

V’lan v’lan !

LA BARONNE.

Chut ! de la cendre et du plâtre !

CRIQUEBŒUF.

Et de la suie après l’âtre !

PERTUISAN.

Chut ! je prévois un emplâtre...

LE TABELLION.

À bâtir un monument !

TOUS.

V’lan v’lan !

PERTUISAN.

Chut j’y joins l’huile et la mèche,

La mèche avec la bobèche

De ce quinquet !

CRIQUEBŒUF.

C’est parfait !

TOUS.

Chut ! chut !

CRIQUEBŒUF.

Chut ! vidons ma tabatière !

LA BARONNE.

Chut et moi ma bonbonnière...

CRIQUEBŒUF.

Qui contient ?...

LA BARONNE.

C’est mon secret !

TOUS.

Chut ! chut !

CHŒUR.

Faisons silence,

Etc.
Pendant la fin du chœur, on porte l’omelette sur le feu.

LA BARONNE, revenant en scène.

Allons ! à la rescousse ! et vertuchoux !

Répétons ce chant si doux !

CHŒUR, chanté en grinçant des dents.

Flic ! flac ! floc !

Battons-la de taille !

Flic ! flac ! floc !

Battons-la d’estoc !

Flic ! flac ! floc !

Pistolet de paille !

Flic ! flac ! floc !

Chantons tous en bloc :

Griffes de chat, ventre de coq !

Œil de crapaud, queue de merluche !

L’omelette à la Follembuche !

PERTUISAN, qui est allé au fourneau.

Ma belle tante, elle est cuite !

LA BARONNE, d’un ton funèbre.

Elle est cuite !

TOUS.

Elle est cuite !

Pertuisan apporte l’omelette à la baronne, qui la fait sauter dans la poêle comme une crêpe, puis la verse dans un plat que lui présente Pertuisan. L’omelette est noire comme de la suie. La baronne prend le plat de Pertuisan.

LA BARONNE.

Les drôles se souviendront de l’omelette à la Follembuche !

CRIQUEBŒUF.

Il faut la leur porter nous-mêmes, pour jouir de leurs grimaces.

PERTUISAN.

Oh ! oui ! nous allons bien rire !...

TOUS.

Allons ! allons !

Marche solennelle. On se met en procession et l’on monte l’escalier, la baronne en tête, portant l’omelette. Le tabellion reste en scène.

 

 

Scène XII


BERTHE, LE TABELLION, puis TOUT LE MONDE

 

BERTHE, entrant par la porte de gauche.

J’ai tout entendu ! il n’y a plus d’espoir !... Après une pareille mystification, ma tante ne consentira jamais !...

LE TABELLION.

Qu’avez-vous, noble damoiselle ?...

La porte de la galerie se rouvre tout à coup, et tout te monde réparait et descend l’escalier avec précipitation ; ils sont pâles, effarés, stupéfiés.

CHŒUR.

Grand Dieu ! c’était le roi !

Le roi ! le roi ! c’est bien le roi !

CRIQUEBŒUF, déclamant d’une voix chevrotante.

Nous venions de poser au milieu de la table

Cette omelette abominable...

LA BARONNE, de même.

Quand tout à coup la porte du salon

S’ouvre !...

PERTUISAN, de même.

Et je vois paraître au fond...

CHŒUR.

Grand Dieu ! c’était le roi !

Le roi ! le roi ! c’est bien le roi !

CRIQUEBŒUF, déclamant comme ci-dessus.

« Marquis de Criquebœuf, le roi vous remercie ! »

A dit Sa Majesté d’un air de courtoisie.

« À ce repas frugal je prétends faire honneur,

» Car j’apporte chez vous une faim de chasseur. »

PERTUISAN.

Et tremblants... comme si... nous avions vu le diable !

Nous fuyons...

LA BARONNE accablée.

En laissant notre plat sur la table !

CHŒUR.

Grand Dieu ! c’était le roi !

Le roi ! le roi ! c’est bien le roi !

TOUS, avec explosion.

C’est la faute de Pertuisan ! c’est la faute de Pertuisan !

PERTUISAN.

Mais, papa... j’avais cru vois des mousquetaires !

CRIQUEBŒUF.

Taisez-vous !

Voyant Givrac qui entre par la droite.[19]

Ah ! monsieur de Givrac ! Il ne nous avait pas trompés, lui !

GIVRAC.

Le roi, informé par moi de votre dévouement... veut bien vous admettre à partager le repas que vous avez préparé pour lui.

TOUS, faisant des grimaces horribles.

Aïe ! aïe !

CRIQUEBŒUF, désolé.

Ah ! capitaine ! si vous saviez !...

GIVRAC.

Quoi ?

CRIQUEBŒUF.

Nous nous sommes méfiés de vous.

GIVRAC.

De moi ?

LA BARONNE.

Cette omelette que je viens de servir au roi, de mes propres mains.

PERTUISAN.

Nous croyions la confectionner pour vos mousquetaires !

GIVRAC.

Ah !

CRIQUEBŒUF.

Et nous en avons fait une effroyable ripopée !

LA BARONNE.

Une abominable ratatouille !

GIVRAC.

Ciel !

TOUS.

C’est la faute de Pertuisan ! c’est la faute de Pertuisan !

LA BARONNE.

Sauvez-nous, capitaine !

TOUS.

Sauvez-nous !

GIVRAC.

Mais comment ?

LA BARONNE.

En la faisant disparaître de la table du roi !

GIVRAC.

C’est impossible ! le roi doit avoir commencé ?

TOUS, avec un cri d’effroi.

Grand Dieu !

LA BARONNE, suppliante.

Capitaine ! capitaine ! rapportez-moi mon omelette et ma nièce est à vous !

PERTUISAN.

Hein ?

GIVRAC, avec joie.

Est-il possible ! Mais comment faire ? Encore, si j’avais un autre dîner à offrir au roi !... Je ne vois qu’un moyen, c’est d’accepter l’invitation et de dévorer tout !

TOUS.

Ah !

CRIQUEBŒUF, se résignant.

Allons, baronne, du dévouement !

TOUS, de même.

Allons !

Mouvement pour remonter.

UN MOUSQUETAIRE, qui est entré par la droite, s’approche de Givrac et lui dit à voix basse :

Capitaine, plusieurs carrosses, apportant un magnifique repas, viennent d’entrer dans la cour.

GIVRAC, les arrêtant.

Arrêtez ! j’espère encore vous sauver...

Au tabellion.

Monsieur le tabellion, préparez mon contrat...

Il sort vivement par la droite avec le mousquetaire.

 

 

Scène XIII


BERTHE, PERTUISAN, CRIQUEBŒUF, LA BARONNE, LE TABELLION, LES INVITÉS, puis GIVRAC

 

PERTUISAN, riant.

Son contrat... Il prend cela au sérieux ; il est simple, ce capitaine !

CRIQUEBŒUF.

Taisez-vous !

TOUS.

Taisez-vous !

CRIQUEBŒUF.

Quel est son projet ?

LA BARONNE.

Réussira-t-il ?

CRIQUEBŒUF.

Maudite omelette ! Hélas ! après y avoir vidé ma tabatière, j’ai glissé dessous un billet ainsi conçu : Dieu vous bénisse !

TOUS, terrifiés.

Oh !

LA BARONNE.

Et moi, messieurs, et moi j’y ai répandu ma bonbonnière...

CRIQUEBŒUF.

Qui contenait ?

LA BARONNE, se voilant la face.

Des dragées d’aloès et d’ipécacuanha... que je porte toujours en voyage.

TOUS.

Ciel !

GIVRAC, revenant par la galerie, suivi d’un de ses petits trompettes qui porte l’omelette.

Madame la baronne ! madame la baronne !

TOUS.

Eh bien !

GIVRAC, lui donnant l’omelette.

Voici votre omelette !

LA BARONNE, qui tient l’omelette.

Capitaine, voici ma nièce ![20]

TOUS.

Sauvés ! nous sommes sauvés !

LA BARONNE, donnant l’omelette à Criquebœuf.

Marquis, un souvenir.

CRIQUEBŒUF la donnant à son fils.

Pertuisan, une espérance ; vous souperez avec.

PERTUISAN, tenant l’omelette et furieux.

Comment, c’était donc sérieux ? Ma fiancée pour une omelette !

CRIQUEBŒUF.

Taisez-vous !

TOUS.

Taisez-vous !

CRIQUEBŒUF.

Mon fils, nous ferons faire un tableau représentant le roi dînant chez les Criquebœuf ; que cela vous suffise !

PERTUISAN, vexé.

Ventre-saint-jaune !

GIVRAC.

Le roi est à tablé devant un somptueux repas ; il désire signer le contrat au dessert.

LA BARONNE.

Vous entendez, monsieur le tabellion, moulez le contrat. Et nous, allons saluer le roi, avec tout le cérémonial dont nous sommes capables, et répétons en souriant de refrain culinaire...

Au tabellion, en lui donnant la main avec sentiment.

que vous me jouerez de temps à autre sur mon épinette :

Flic ! flac ! floc !

Battons-la de taille !

Flic ! flac ! floc !

Battons-la d’estoc !

Flic ! flac ! floc !

Pistolet de paille !

Flic ! flac ! floc !...

Mais je crains un choc !

Au public.

Sauvez, messieurs, de tout accroc,

De tout malheur, de toute embûche,

L’Omelette à la Follembuche !

CHŒUR.

Flic ! flac ! floc !

Etc.

 

[1] Pertuisan, Criquebœuf, Givrac.

[2] Pertuisan, Berthe, Follembuche, Criquebœuf.

[3] Pertuisan, Berthe, Criquebœuf , Follembuche.

[4] Berthe, Criquebœuf, le tabellion, Follembuche, Pertuisan.

[5] Pertuisan, Criquebœuf,  Follembuche, Berthe.

[6] Berthe, Pertuisan, Criquebœuf, Follembuche.

[7] Berthe, Criquebœuf, Pertuisan, Follembuche.

[8] Berthe, Criquebœuf, Follembuche, Pertuisan.

[9] Criquebœuf, Givrac, Pertuisan.

[10] Givrac, Criquebœuf, le tabellion, Pertuisan.

[11] Pertuisan, Berthe.

[12] Pertuisan, Berthe, Givrac.

[13] Pertuisan, Givrac, Berthe.

[14] Berthe, Givrac, Pertuisan.

[15] Le tabellion, Criquebœuf, Berthe, Follembuche, Pertuisan, Givrac, Dames et Seigneurs derrière.

[16] Follembuche, Pertuisan, le tabellion, Criquebœuf.

[17] Follembuche, Criquebœuf, Pertuisan, le tabellion.

[18] Le tabellion, Pertuisan, Follembuche, Criquebœuf.

[19] Berthe, Follembuche, Pertuisan, Criquebœuf, Givrac.

[20] La baronne, Givrac, Follembuche, Criquebœuf, Pertuisan.

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